Le
climat s'apaise chez Eurotunnel
Le climat se normalise au sein d'Eurotunnel. Un mois après une assemblée générale très tendue qui avait finalement reconduit Jacques Gounon à la présidence du groupe, les négociations avec les créanciers sont reparties de plus bel. «Le programme de restructuration de la dette se déroule suivant le planning prévu. Des discussions ont lieu actuellement avec le comité ad hoc (NDLR: il représente 69% de la dette détenue par les cofinanciers)», explique Jacques Gounon au Figaro économie,
Il y a urgence car, si rien n'est fait, le concessionnaire du tunnel sous la
Manche, qui souffre d'un endettement de 9 milliards d'euros, ne pourra pas faire
face à ses engagements financiers en 2007. L'entreprise ne peut rembourser
qu'entre 3,5 et 3,7 milliards d'euros de sa dette. D'où l'enjeu des discussions
actuelles.
Mais certains créanciers se satisferaient bien d'un dépôt
de bilan du gestionnaire du tunnel. Selon la presse anglo-saxonne, ces derniers
menacent d'utiliser l'arme de la substitution. Il s'agit d'un outil juridique
permettant aux créanciers, dès lors que l'entreprise n'est plus
en mesure de faire face à sa dette exigible, d'en prendre les commandes.
Mais un tel scénario suppose qu'ils obtiennent l'autorisation des Etats
britannique et français. Et, pour avoir leur feu vert, ils doivent démontrer
à Paris et à Londres qu'ils ont la capacité technique et
financière de gérer Eurotunel. Le Royaume-Uni, dont le droit est
beaucoup plus favorable aux créanciers, pourrait accepter ce dénouement.
En revanche, côté français, l'opposition est totale. «Le
gouvernement ne laissera jamais les créanciers dont les trois quarts
sont des fonds américains prendre le contrôle d'Eurotunnel»,
explique une source proche du dossier. Au ministère des Finances, on
dit «suivre très activement la restructuration de la dette».
D'autant que tout n'est pas noir. Eurotunnel donne des signes de redressement.
«Les chiffres de l'activité du premier semestre ne sont pas mauvais
et j'espère qu'il n'y aura pas d'impact des attentats de Londres sur
notre activité du second semestre», poursuit Gounon. Sur les six
premiers mois 2005, Eurotunnel a réalisé un chiffre d'affaires
en hausse de 2% à 393 millions d'euros grâce à l'augmentation
de son activité navettes. Près de 40 000 autocars et plus de 700
000 camions ont emprunté le tunnel sous la Manche soit une hausse respective
de 34% et 9%. Eurostar a enregistré une hausse de 8% du nombre des personnes
transportées à plus de 3,6 millions de personnes. De bon augure
pour atteindre l'objectif de l'amélioration de la marge opérationnelle
d'un point par an que s'est fixé Eurotunnel sur dix ans.