(Boursier.com) - Regain. Jacques Gounon vient donc d'être reconduit avec
un score de maréchal à son poste de PDG du groupe Eurotunnel.
Alors que s'éloigne la perspective d'un nouveau débarquement de
la direction en place, le titre connaît un brusque regain d'intérêt.
La perspective d'un gain potentiel pour la majeure partie des petits porteurs
actionnaires de ce dossier demeure pourtant encore bien éloignée
alors que le titre n'a quasiment pas cessé de perdre du terrain depuis
son introduction en bourse. Rappelons que la société gère
le tunnel transmanche et exploite des navettes fret ou passagers entre Coquelles
dans le Pas de Calais et Folkestone en Grande Bretagne. En tant que gestionnaire
d'infrastructures, Eurotunnel perçoit des péages de la part d'Eurostar
pour les passagers ainsi que de la part de la SNCF et de la compagnie anglaise
EWS pour les trains de marchandises. Le trafic passagers a enregistré
une baisse au cours des dernières années en raison essentiellement
de l'abolition des ventes duty free et de la vive concurrence émanant
des compagnies aériennes à bas coûts. Le nombre de voitures
ayant emprunté le tunnel a ainsi chuté de 35 % entre 1999 et 2004.
Concernant le marché des camions, la situation est plus favorable avec
la concentration du trafic sur la liaison Calais/Douvres. La moitié de
la capacité du tunnel est réservée à Eurostar, à
la SCNF et à EWS. Ces compagnies paient des charges fixes ainsi que des
charges variables en fonction du trafic. Jusqu'à fin novembre 2006, elles
versent également des paiements complémentaires de manière
à porter le chiffre d'affaires d'Eurotunnel à un montant garanti.
Rentabilité. Le chiffre d'affaires de la société a donc tendance à diminuer alors que la part des revenus générés par les navettes ne cessent de reculer. Heureusement, les versements des compagnies ferroviaires compensent en partie ce phénomène... La grosse problématique à ce sujet demeure la fin des versements complémentaires qui ont représenté 12% du chiffre d'affaires de l'entreprise sur l'année écoulée. Contrairement aux idées reçues, Eurotunnel n'a pas à rougir de sa rentabilité d'exploitation. En dépit d'un niveau d'activité en repli, sa marge opérationnelle atteint 32% sur 2004 contre 40 à 45% pour les sociétés autoroutières qui bénéficient, quant à elles, d'un accroissement régulier de leur trafic. Afin de gérer la situation actuelle de déclin, la direction a entrepris, via le plan DARE, de serrer ses coûts, de diminuer ses charges de personnel et de réduire de l'ordre de 15% son offre. Le défi pour l'équipe en place consiste à renverser la vapeur et à relancer l'activité avec une meilleure qualité de service, une offre tarifaire plus compétitive et à tirer profit de l'obtention de la licence d'opérateur ferroviaire. Des premiers signes d'amélioration sont perceptibles avec une hausse de 2% du chiffre d'affaires sur le premier trimestre 2005.
Dette. En réalité, le sujet de préoccupation de l'ensemble des acteurs couvrant ce dossier provient, comme on l'aura deviné, d'un endettement démesuré qui génère chaque année des charges financières représentant 1,5 à 1,7 fois le bénéfice d'exploitation. Avec des pertes à répétition, la société peut difficilement s'en sortir dans les conditions actuelles. Elle se doit donc d'abaisser de manière significative une dette financière qui représente actuellement 9 MdsE face à 1 MdE de capitaux propres. M. Gounon a d'ailleurs été très clair sur ce point, s'il n'y a pas d'accord dans le sens d'une forte diminution de la dette avec les créanciers, la société se trouvera dans l'obligation de déposer le bilan début 2007. L'objectif de Jacques Gounon consiste à ce que la dette de l'exploitant de la liaison transmanche revienne à 3,3 MdsE. Ce montant permettra à la société de faire face à ses échéances financières sans remettre en cause les investissements nécessaires à son développement. Le PDG insiste sur le fait que, sur le marché secondaire, la dette se négocie à 4 MdsE au lieu des 9 MdsE affichée officiellement par la société. La comptabilisation de la moins value ayant déjà été comptabilisée par les créanciers, Eurotunnel n'a donc pas à rembourser une créance qui a d'ores et déjà été effacée. Alors que le président sortant vient d'obtenir un soutien massif de la part de ses actionnaires lors de l'assemblée générale, la négociation avance et le management attend l'esquisse d'un plan définitif pour la fin octobre.
Conclusion.
Dans la mesure où les créanciers souhaitent que la négociation
aboutisse, on peut être raisonnablement optimiste quant à la conclusion
d'un accord. Certes, même si le montant de 3,3 MdsE est finalement accepté
par les créanciers, la société se trouvera tout juste à
l'équilibre du point de vue du résultat net. Il faudra donc attendre
un véritable redémarrage des ventes avant de voir la dernière
ligne du compte de résultat s'inscrire enfin dans le vert et que l'on
puisse évoquer un éventuel dividende. Quoi qu'il en soit, le fait
qu'Eurotunnel semble en avoir fini avec les interminables luttes de pouvoir
constitue d'ores et déjà un point très positif à
souligner. Le PDG bénéficie de la confiance de ses actionnaires
et, sans aucun doute, des pouvoirs publics, ce qui le place en bonne position
pour conduire les négociations face à des dizaines de créanciers.
L'horizon commence donc à se dégager tant du point de vue de la
stabilité du management, de l'activité et, surtout, de la restructuration
financière. La route est encore bien longue et semée d'embûches
avant de retrouver la confiance du marché, mais il semble que certains
gérants commencent à reconsidérer leur jugement sur la
valeur alors que dans le même temps, le nom de George Sorros est évoqué
en soutien sur le marché, ce qui contribue a attirer l'oeil des investisseurs
dans un énorme volume représentant encore plus de 4% du capital
traité ce lundi en bourse . Après avoir recommandé des
achats spéculatifs à 0,25 Euro en mars dernier, on conservera
ses positions sur la valeur.