LE MONDE | 11.06.05 | 13h00 Mis à jour le 11.06.05 | 13h00
Eurotunnel : démission du directeur général avant l'assemblée du 17 juin
Nouveau coup de théâtre chez Eurotunnel : Jean-Louis Raymond, directeur
général du concessionnaire du tunnel sous la Manche, a démissionné.
La nouvelle a été officialisée, vendredi 10 juin, par le
groupe, qui a précisé, dans un communiqué, qu'il restait
administrateur d'Eurotunnel.
En quelques
mois, c'est la quatrième démission d'un cadre dirigeant du groupe,
après celles du député (UMP) Pierre Cardo, du fondateur
de Nouvelles Frontières, Jacques Maillot, et du directeur général
chargé des finances, Hervé Huas. Ces professionnels sont tous
membres de l'équipe des putschistes qui avait pris le pouvoir lors de
l'assemblée générale du 7 avril 2004, grâce au soutien
de l'homme d'affaires controversé Nicolas Miguet. Une équipe qui
se délite aujourd'hui un peu plus avec le départ de M. Raymond.
Ce dernier a été l'artisan du plan de relance commerciale du groupe
mis en place à l'automne 2004 pour tenter d'enrayer la baisse du chiffre
d'affaires ( 4 % par rapport à 2003, à 789 millions d'euros).
C'est aussi lui qui a mené les négociations avec les syndicats,
le groupe franco-britannique ayant l'intention de réduire ses effectifs
(750 postes sur 3 200 seraient menacés).
A la direction
d'Eurotunnel, la raison du départ de M. Raymond n'a pas été
commentée, mais elle est regrettée par le syndicat CFE-CGC : "Nous
avions réussi à établir avec lui un climat de franche honnêteté"
, explique Michel Yard, son représentant.
AUDIT "SCANDALEUX"
Dans une interview accordée au quotidien Nord Littoral du 11 juin, M.
Raymond assure : "Mon seul regret, c'est de quitter aujourd'hui des personnes
avec qui j'ai tissé des liens. J'ai un profond respect pour les salariés
d'Eurotunnel." Il évoque par ailleurs un audit "scandaleux,
infondé" , faisant sûrement allusion à cette mission
d'audit interne que s'est procuré Deminor, un cabinet de défense
des investisseurs. Selon Fabrice Rémon, responsable de ce cabinet, le
document réalisé par la mission d'audit, au contenu "particulièrement
grave" , pointe des dérives coûteuses d'Eurotunnel, notamment
dans le recours à des prestataires externes (les montants en jeu s'élèveraient
à 44 millions d'euros). Dans un courrier en date du 8 juin adressé
à Jacques Gounon, président du conseil d'administration d'Eurotunnel,
le cabinet Deminor demande quelles sont les dispositions prises pour que "cesse
immédiatement ce qui s'apparente à du pillage" .
La démission de M. Raymond est avant tout une preuve supplémentaire de la reprise en main d'Eurotunnel par M. Gounon, qui a remplacé M. Maillot au poste de président du conseil d'administration, en février. Avec les départs successifs de M. Huas et de M. Raymond, cet ex-dirigeant d'Alstom et de Cegelec a aujourd'hui les coudées franches pour finaliser le plan social et renégocier la colossale dette du groupe (9 milliards d'euros au 31 décembre 2004).
L'assemblée générale du 17 juin lui en laissera-t-elle le temps ? A cette occasion, les actionnaires sont appelés à confirmer M. Gounon à son poste. MM. Huas et Raymond choisiront-ils, pourquoi pas avec l'aide de M. Miguet, de le renverser ? Toujours dans Nord Littoral, M. Raymond prévient : "Le 17, lors de l'assemblée générale, je m'expliquerai."
Les grandes manoeuvres semblent avoir commencé : le 1er juin, l'action Eurotunnel a bondi de plus de 30 % (à 0,25 euro), dans des volumes d'échange très importants. Depuis, le titre n'a pas bougé de façon significative et a terminé, vendredi 10 juin, à 0,26 euro.
Cécile
Ducourtieux
Une année de crise
7 avril 2004 : soutenue par l'homme d'affaires controversé Nicolas Miguet,
une équipe hétéroclite prend le pouvoir chez
Eurotunnel. Jacques Maillot, ex-patron de Nouvelles Frontières, est nommé
président. Joseph Gouranton (président de
l'Association de défense des actionnaires), Robert Rochefort (directeur
général du Credoc) et
Pierre Cardo (député UMP des
Yvelines) deviennent administrateurs, tout comme Jean-Louis Raymond et Hervé
Huas, nommés respectivement directeur général et directeur
général adjoint aux finances.
Novembre
2004 : M. Cardo démissionne du conseil d'administration.
Mi-février : M. Maillot cède son poste de président à
Jacques Gounon, administrateur, arrivé en remplacement de M. Cardo.
Début mars : M. Maillot quitte Eurotunnel.
Mi-avril : M. Huas démissionne de son poste opérationnel, mais
reste administrateur du groupe.
Fin avril : début de la renégociation de la dette de 9 milliards
d'euros avec les créanciers d'Eurotunnel.