COMMENT EVITER LA FAILLITE D'EUROTUNNEL
Les actionnaires d'Eurotunnel ont gagné une bataille, mais certainement pas la guerre. En prenant leur destin en main lors de l'assemblée générale du 7 avril 2004, les porteurs d'Eurotunnel n'ont pas seulement mis fin à plus de seize années de gestion calamiteuse. Ils ont surtout bouté hors de l'Hexagone une direction anglo-saxonne incompétente et méprisante à l'égard des 800.000 porteurs d'actions français, qui représentent pourtant près de 70 % du capital de la société. La prise en compte des intérêts des actionnaires individuels n'a, il est vrai, jamais été le souci des dirigeants qui se sont succédé à la tête de la société depuis sa création, en 1987. La priorité a toujours été donnée à la satisfaction des exigences des banquiers et de créanciers, qui se sont trop longtemps comportés comme les seuls véritables propriétaires de la concession. Aucun des anciens dirigeants n'a non plus pris la peine de dénoncer le mensonge des banques ayant introduit la société en Bourse et des pouvoirs publics, qui ont sciemment sous-estimé le coût de la réalisation de l'ouvrage et surestimé les recettes du « plus grand péage monde ». Projet qui s'est vite révélé être le hold-up financier du siècle.
Le 7 avril 2004, les actionnaires individuels ont donc tourné la page. L'assemblée générale du 17 juin 2005 doit donner le coup d'envoi de la reconstruction et de la prise en compte de leurs intérêts financiers. L'enjeu de la réunion qui se tiendra dans une quinzaine de jours est clair : il consiste à ne pas laisser échapper le pouvoir vers les créanciers et les affairistes de tous bords. La priorité est à la mise en place des dirigeants compétents. Le seul moyen d'y parvenir est de confier ses pouvoirs à l'Adacte (l'Association de défense des actionnaires d'Eurotunnel), car de nombreux actionnaires individuels n'auront pas la possibilité de se rendre eux-mêmes à Calais le jour de la réunion. Or l'Adacte, qui regroupe depuis plus d'une dizaine d'années plusieurs milliers d'actionnaires, a largement démontré sa capacité à oeuvrer dans l'intérêt unique des actionnaires du tunnel. Plusieurs investisseurs institutionnels, comme le groupe mutualiste MMA, auraient d'ailleurs déjà donné leurs pouvoirs à cette association. A cet effet, nous publions ci-contre le fac-similé du document d'envoi des pouvoirs pour l'assemblée générale et expliquons la marche à suivre pour participer au vote en confiant ses voix à l'Adacte.
Le programme de l'Adacte, qui soutient l'actuel président, Jacques Gounon, consiste à forcer les banques à accepter l'abandon de plus de la moitié de leurs créances et à trouver des solutions réalistes pour augmenter les recettes d'exploitation du tunnel.
Le Journal des Finances, qui a toujours soutenu les actionnaires d'Eurotunnel, s'est cependant bien gardé d'encourager ses lecteurs à acheter des actions au cours de ces dernières années, et plus particulièrement lors de l'assemblée générale de 2004. Nous pensions en effet que, si le combat des porteurs d'actions individuels pour prendre leur destin en main méritait d'être soutenu, il serait totalement irresponsable de leur faire croire que l'action pourrait du jour au lendemain viser un cours de 2 à 5 euros, comme tentent toujours de le faire croire certains spéculateurs peu scrupuleux.
Le redressement du cours de Bourse d'Eurotunnel est une affaire de longue haleine. Eurotunnel doit être analysé en Bourse comme une concession autoroutière. Or, comme ASF ou APRR, les valeurs de ce secteur se paient aujourd'hui jusqu'à 20 fois les bénéfices de l'année en cours. En sachant qu'il existe aujourd'hui 2,5 milliards d'actions, pour que le titre atteigne 2 euros, il faudrait que le tunnel réalise au moins 250 millions d'euros de bénéfice. Or nous en sommes loin, puisque la société a encore perdu 810 millions d'euros l'an dernier. Pour réaliser un tel bénéfice, il paraît illusoire de ne compter que sur la réduction de la dette. L'effort de réduction des charges devra être poursuivi et le chiffre d'affaires devra être développé avec acharnement face à la concurrence des ferries et des compagnies aériennes à bas coût. Il ne semble pas raisonnable dans ces conditions de viser un cours supérieur à 1 euro à moyen terme, c'est-à-dire à un horizon de vingt-quatre à trente-six mois. Le temps de permettre à la nouvelle direction de négocier une réduction substantielle de la dette, de retrouver une nouvelle marge de manoeuvre pour développer le chiffre d'affaires et, surtout, de connaître le besoin en fonds propres de la société afin d'éviter une nouvelle opération massive de dilution des actionnaires existants. La faillite d'Eurotunnel n'est pas une fatalité, mais son redressement prendra du temps. Beaucoup de temps.
LES CREANCIERS NE DOIVENT PAS PRENDRE LE POUVOIR LES PRESIDENTS DE L'ADACTE ET D'EUROTUNNEL REPONDENT AU JOURNAL DES FINANCES Joseph Gouranton Président de l'Adacte et administrateur d'Eurotunnel « Jacques Gounon est à même de mener à bien une stratégie privilégiant l'intérêt de la société et des actionnaires »
L'Adacte, dont vous êtes le président et mandataire au sein du CA d'EUTL, soutient activement Jacques Gounon. Pour quelles raisons ?
Joseph Gouranton : - La stratégie du président consistant à renégocier la dette est conforme à celle pour laquelle nous avions été élus lors de la précédente assemblée générale et à notre « charte de gouvernance d'entreprise » forgée depuis plus de dix ans dans le combat d'Eurotunnel mené par les petits porteurs spoliés. Son but est avant tout de défendre les intérêts de la société et ceux des actionnaires. Cela fait un an que la direction générale, qui, depuis la fondation de la société, est exécutive, s'est accaparé tous les pouvoirs, le conseil d'administration étant une simple chambre d'enregistrement ! La direction générale a conduit les négociations avec les créanciers sans se soucier prioritairement des actionnaires et avec, en perspective, de nouvelles dilutions, ce que notre association et la majorité du conseil d'administration jugeons inacceptable. Face à cette fracture dans le gouvernement de l'entreprise, l'Adacte a décidé de faire appel à un professionnel du transport. Jacques Gounon assure, de plus, la relation avec les pouvoirs publics du fait de son passage dans des cabinets ministériels. Nous avons, de même, coopté Henri Rouanet pour son expérience dans la sécurité des transports et le financement de projets internationaux.
Etes-vous d'accord avec Jacques Gounon pour annuler simplement les deux tiers de la dette ?
- Au total ce sont près de 3,8 milliards d'euros qui ont été demandés aux actionnaires depuis la création du tunnel, au travers de trois appels de fonds. Les actionnaires de la première heure ont perdu jusqu'à 98 % de leur placement. Il est anormal que ceux qui ont perdu toutes leurs économies supportent seuls les « erreurs » du montage et que ceux qui ont prêté de l'argent, et perçoivent des taux d'intérêt excessifs ne fassent aucun effort : il faut un traitement équitable entre les actionnaires et les banques. C'est pourquoi l'Adacte et le président d'Eurotunnel adoptent une même attitude de fermeté et de rééquilibrage. Il faut aussi que l'Etat fasse des propositions : il s'est pleinement impliqué lors de la mise en place du « chantier du siècle », et a accepté un projet très mal préparé dont on mesure maintenant les conséquences.
Outre la renégociation de la dette, quels sont les autres moyens pour éviter à Eurotunnel la faillite ?
- Il faut raccorder le tunnel sous la Manche au réseau européen de TGV et développer le fret. Les transporteurs routiers ne demandent qu'à charger leurs camions et leurs remorques sur rails. Cela aurait, de plus, un impact extraordinairement profitable sur l'environnement, qui souffre de la saturation du réseau routier. Il faudra relier le sud de la France à la Grande-Bretagne et ouvrir le réseau aussi à l'Italie et à l'Espagne. Ce sera une première étape vers ce grand réseau européen. Cette diversification est indispensable pour faire face à la baisse structurelle des recettes causée par la concurrence accrue des ferries. Eurotunnel doit récupérer ce fret de longue distance (camions sur rails) en évitant les ruptures de charge de part et d'autre du tunnel, et s'épargner ainsi une compétition frontale avec les ferries. L'expérience d'Henri Rouanet dans le financement européen pourrait à ce titre s'avérer précieuse.
Qu'attendez-vous de la prochaine assemblée ?
- Nous souhaitons que les actionnaires approuvent la politique proposée par l'Adacte et se regroupent pour former un noyau dur capable de constituer l'« actionnaire de référence » qui, seul, pourra imposer sa volonté et ses orientations. Nous pensons que Jacques Gounon, soutenu par un conseil d'administration « de plein exercice », est à même de mener à bien une stratégie privilégiant l'intérêt de la société et des actionnaires et excluant toute dilution du capital.
Nous souhaitons, par conséquent, qu'il soit confirmé à son poste d'administrateur, ainsi que Henri Rouanet, pour mettre en application avec nous le plan de sauvetage susvisé. Nous avons constaté depuis notre arrivée au pouvoir dans Eurotunnel, le 7 avril 2004, que la gouvernance d'entreprise « conseil d'administration non exécutif/direction générale toute-puissante » n'est pas la formule adaptée à la gestion d'Eurotunnel car cela aboutit à un cumul des mandats des directeurs généraux en même temps administrateurs.
Ils se sont accaparé le pouvoir sans partage et ont conduit l'outil, sans contrôle possible depuis un an, surtout au niveau financier. Cela doit changer à partir de la prochaine AG !
Propos recueillis par Delphine Deshayes
LES CREANCIERS NE DOIVENT PAS PRENDRE LE POUVOIR LES PRESIDENTS DE L'ADACTE ET D'EUROTUNNEL REPONDENT AU JOURNAL DES FINANCES Jacques Gounon Président d' Eurotunnel « L'annulation d'une partie de la dette n'est pas un rêve, c'est une question de volonté »
LE JOURNAL DES FINANCES : Quels sont les enjeux de la prochaine assemblée générale du 17 juin ?
Jacques Gounon : - Tout l'enjeu de cette assemblée générale repose sur le soutien que les actionnaires apporteront au conseil, en particulier en ratifiant ma cooptation et celle d'Henri Rouanet. Je pourrai défendre ma stratégie auprès des créanciers de manière plus convaincante s'ils savent que les actionnaires se sont largement mobilisés. Ces derniers doivent montrer aux banques et aux pouvoirs publics qu'ils existent, car je vous rappelle qu'Eurotunnel risque la faillite en 2007. Malheureusement, le taux de participation depuis 1998 est bas, entre 14 et 18 %. Pour que les petits porteurs pèsent dans les négociations à venir, il faut qu'ils représentent l'équivalent d'une minorité de blocage, soit 33 %.
Quelle est votre stratégie pour négocier la dette ?
- Dès lors que la dette se traite autour de 4 milliards d'euros sur le marché, cela signifie qu'il y a déjà 5 milliards d'euros de pertes pris en compte par les organismes financiers. Je veux donc annuler l'endettement dans cette proportion. Ce n'est pas un rêve, c'est une question de volonté, de rapports de force. Tous mes contacts avec les créanciers montrent qu'ils sont réalistes et pragmatiques. Nous travaillons dur et avançons assez vite. Les négociations se déroulent de manière intensive mais ont débuté trop tard pour pouvoir faire un point lors de l'assemblée générale du 17 juin. Il faudra attendre le 15 juillet pour avoir une première esquisse de l'état des négociations.
Craignez-vous l'influence de N.M. lors de l'assemblée générale ?
- L'action menée par N.M. a eu pour effet de diviser par trois le cours de Bourse. Je ne suis pas sûr que les actionnaires soient prêts à accepter une nouvelle chute de l'action.
Ils ne devraient, par conséquent, pas suivre aveuglément N.M.. Mon travail, aujourd'hui, est de stabiliser l'entreprise.
Malgré la présentation de résultats annuels 2004 catastrophiques en avril dernier, l'action n'a pas bougé. Ma stratégie gagnante devrait au contraire permettre de rattraper tout le mal fait depuis plus d'un an.
Cette stratégie gagnante se résume en trois points. Premièrement, la restructuration de la dette.
Deuxièmement, l'amélioration des performances de l'entreprise. Enfin, le développement d'Eurotunnel, la société étant amenée à devenir un opérateur ferroviaire en développant du trafic dans le fret ferroviaire.
Une aide de la part pouvoirs publics est-elle envisageable ?
- J'ai rencontré le secrétaire d'Etat français au Transport, François Goulard, et, la semaine dernière, le Commissaire européen chargé des transports, Jacques Barrot. Ils ont une bonne connaissance du dossier et portent un intérêt marqué vis-à-vis de la stratégie de négociation que je propose. Il est évident que les pouvoirs publics resteront attentifs au dossier Eurotunnel. Certes, il ne s'agira pas d'une aide budgétaire directe, mais ils disposent d'autres moyens pour aider et soutenir l'entreprise.
Etes-vous favorable au maintien de Hervé Huas et de Jean-Louis Raymond à leur poste d'administrateur ?
- Compte tenu de la gravité de la situation, aucun administrateur ne peut être en opposition avec la ligne politique de la majorité du conseil. Soit il se rallie, soit il devra quitter ses fonctions. On ne peut pas, si on a de la dignité et de la cohérence, rester à l'intérieur d'un conseil d'administration que l'on critique violemment.
Propos recueillis par Delphine Deshayes
Une année
de perdue depuis le 7 avril 2004
Le renversement historique de la direction d'Eurotunnel en avril 2004 est loin
d'avoir tenu ses promesses ! Las d'une équipe dirigeante dévouée
uniquement aux créanciers, les actionnaires individuels avaient pourtant
placé tous leurs espoirs dans la nouvelle équipe française
emmenée par Jacques Maillot. Ses propositions allaient de la renégociation
de la dette au recours à une aide étatique. Les choses semblaient
enfin être reprises en main afin de redresser Eurotunnel et servir les
intérêts des actionnaires. Elles ont malheureusement mal tourné,
et l'action a poursuivi sa descente aux enfers.
Un conseil d'administration divisé
Très vite, des divergences sont apparues au sein du conseil d'administration. Deux camps se sont formés, avec, d'un côté, le tandem Jean-Louis Raymond/Hervé Huas, respectivement directeur général et directeur général chargé des finances, deux proches de N.M. ; et, de l'autre, les administrateurs non exécutifs regroupant le représentant de l'Adacte, Joseph Gouranton, le député UMP des Yvelines, Pierre Cardo, ou encore Robert Rochefort. Pourtant remarqué lors de l'assemblée générale du 7 avril pour son enthousiasme, Jacques Maillot aura quant à lui brillé par son absence tout au long de son mandat. Il n'a jamais pris la parole en public, laissant le soin à son directeur général, Jean-Louis Raymond, de présenter les résultats d'Eurotunnel, tout comme le plan de redressement Dare à l'automne dernier. Le fondateur de Nouvelles Frontières aurait, dit-on, jeté l'éponge dès la fin de l'été face à l'échec de ses négociations avec Bercy et à l'imbroglio de la dette. La stratégie à adopter vis-à-vis de celle-ci est la principale raison des mésententes entre les administrateurs. Hervé Huas et Jean-Louis Raymond se seraient obstinés à vouloir convertir la dette en capital, entraînant de fait une dilution massive pour les actionnaires. Une solution jugée inacceptable par les autres membres du conseil d'administration.
Un nouveau président à la tête d'Eurotunnel
Ces dissensions ont inévitablement mené à un éclatement du conseil d'administration. Pierre Cardo a été le premier à révéler les tensions au sein de la direction. Il décide de renoncer à son siège d'administrateur en décembre 2004. Sur proposition de l'Adacte, Jacques Gounon, ancien vice-président de Cegelec, est alors coopté pour le remplacer. Il faudra attendre le mois de février avant que Jacques Maillot n'abandonne la présidence d'Eurotunnel et lui lègue les commandes du groupe.
Le fondateur de Nouvelles Frontières quittera son poste d'administrateur quinze jours plus tard, permettant au préfet Henri Rouanet de prendre son siège. L'arrivée de ces deux nouvelles personnalités, qui doit encore être entérinée en assemblée générale le 17 juin, marque un tournant majeur dans la stratégie d'Eurotunnel.
Une nouvelle stratégie
Dès son arrivée, Jacques Gounon entend jouer un rôle opérationnel significatif dans le redressement d'Eurotunnel. Hervé Huas est rapidement mis à l'écart et devient simple conseiller à la présidence, et non plus directeur général chargé des finances.
La demande de dérogation en vue d'ouvrir les négociations avec les créanciers est approuvée par la majorité des détenteurs de la dette.
Alors que la faillite d'Eurotunnel prévue en 2007 est clairement évoquée par Jacques Gounon lors de la présentation des résultats annuels, fin avril, les discussions sont de nouveau ouvertes avec les banques. Ayant débuté en mai dernier, elles devraient se poursuivre pendant huit mois. Là encore, Jacques Gounon se démarque de l'ancienne direction.
Ses propos sont sans appel. Il demande simplement l'annulation des deux tiers de la dette du groupe.
Son argument est de taille : la valeur de la dette d'Eurotunnel échangée sur le marché s'élève à 4 milliards d'euros. Sur les 9 milliards d'euros de dette, 5 milliards sont donc déjà jugés irrecouvrables par les créanciers. Tout comme la direction d'Eurotunnel, les créanciers n'ont par ailleurs pas intérêt, selon lui, à laisser le groupe déposer le bilan.
La première étape de ces négociations est la mise en place d'un business plan qui définira le niveau d'endettement à partir duquel Eurotunnel est viable. Ses grandes lignes seront présentées le 15 juillet prochain. Les moyens mis en oeuvre pour diminuer la dette seront ensuite définis et présentés au public à la fin du mois d'octobre.
Mais, pour mener à bien ces négociations, qui, pour la première fois, défendront pleinement les intérêts des petits porteurs, Jacques Gounon, tout comme Henri Rouanet, doivent recevoir le soutien de l'ensemble des actionnaires d'Eurotunnel.
Les risques
qui pèsent sur Eurotunnel
« Eurotunnel devrait déposer le bilan au premier semestre 2007
», a averti Jacques Gounon lors de la présentation des résultats
annuels, en avril dernier. Tout le monde le savait, mais c'est la première
fois que la direction d'Eurotunnel en a fait état. Cela prouve bien la
situation très délicate dans laquelle se trouve l'exploitant.
Sa faillite est inévitable si rien n'est fait pour réduire sa
dette. Car, avec un endettement net de 9 milliards d'euros, pour 800 millions
d'euros seulement de fonds propres, il devient impossible pour Eurotunnel de
rentabiliser son exploitation. Tandis que les revenus faiblissent d'année
en année sous l'effet d'une concurrence accrue sur le réseau transmanche,
les charges d'intérêt pèsent de plus en plus sur les comptes
et engouffrent la moitié du chiffre d'affaires. En 2004, les recettes
ont reculé de 4 %, pour s'établir à 789 millions d'euros.
Les pertes nettes ont, quant à elles, atteint 810 millions d'euros. D'ici
deux ans, trois échéances financières risquent de faire
définitivement sombrer le groupe.
1. L'arrêt des charges
minimales d'utilisation
Les opérateurs ferroviaires, à savoir la SNCF et son homologue britannique, versent chaque année un revenu minimal à Eurotunnel afin de pouvoir exploiter le tunnel sous la Manche. Ces revenus fixes versés par les réseaux ferroviaires ont atteint près de 100 millions d'euros en 2004. Dès 2007, ces charges minimales d'utilisation ne seront plus obligatoires. Les opérateurs paieront uniquement en fonction du trafic, sans minimum garanti. Un manque à gagner significatif pour Eurotunnel.
2. La fin des avances
de stabilisation
Ces lignes de crédit à taux zéro ont été accordées à Eurotunnel lors de la renégociation de sa dette, en 1998. Elles permettent au groupe de payer une partie de ses charges d'intérêt chaque année en émettant des obligations. Or ces avances de stabilisation portent intérêt à taux 0 % jusqu'en 2006. A partir de cette date, la direction pourra choisir de les convertir, ce qui entraînerait au passage une dilution de 15 % pour les actionnaires, ou de les laisser courir. Dans ce cas, le groupe devra supporter une charge financière complémentaire d'environ 38 millions d'euros par an.
3. Le début du remboursement de la dette
Jusqu'à 2006, Eurotunnel ne paie que les intérêts liés à ses dettes. A partir de cette date, le concessionnaire devra commencer à rembourser le capital. Soit 6 millions d'euros en 2006 jusqu'à 231 millions en 2009, avec une croissance exponentielle les années suivantes.
Ces trois échéances constituent une véritable épée de Damoclès. Elles renforcent la nécessité pour le groupe, mais aussi ses créanciers, de trouver une solution afin de réduire la dette. Une forte mobilisation des actionnaires le 17 juin renforcera leur poids face aux banques, qui présentent un front uni.
Comment
donner ses pouvoirs à l'Association de défense des actionnaires
d'Eurotunnel (Adacte)
Les actionnaires détenant plus de 1.000 titres ont, normalement, reçu
le formulaire de vote. Ceux qui ont moins de titres ou qui ne l'ont pas reçu
doivent appeler au plus vite le numéro Vert 0800 140 150 (appel gratuit)
pour demander le formulaire, en précisant le nom de leur banque dépositaire
des titres. Les deux formulaires doivent être correctement remplis en
suivant nos indications. La partie A concerne Eurotunnel Plc (en Grande-Bretagne)
et la partie B Eurotunnel SA (en France) ; ils doivent être glissés
dans l'enveloppe T jointe au formulaire portant le nom de votre banque dépositaire.
Pour toute information complémentaire, appelez l'Adacte au 01.72.71.25.86,
ou 87 ou 88. Remarque importante : surtout, ne pas cochez la case « vote
par correspondance », car cette opération invaliderait votre pouvoir.
Toutefois,
nous recommandons aux actionnaires qui souhaitent voter directement d'approuver
les résolutions portant sur les nominations de Jacques Gounon et d'Henri
Rouanet comme administrateurs (résolutions 3 et 8, partie A ; résolutions
5 et 6, partie B).