Auteur : c;claire - Date : 05/06/2005, 10H34
Msg n° 8722 du forum aideautunnel
www.boursica.com/forum/aideautunnel/8722

Compte rendu interview J. GOUNON les 4 et 5 juin 2005 sur BFM (retranscription par C;Claire )

……… un rappel des décisions qui ont abouti à la construction du Tunnel sous la Manche, puis,

L’inauguration a lieu 6 ans plus tard, et le premier train roule le 1er juin 1994.

Depuis, les navettes et les trains à grande vitesse –le fameux Eurostar- transportent sans cesse, passagers, camions, autocars, marchandises, voitures.
Avant de passer au dialogue, rappelons quelques chiffres qui frappent et démontrent l’ampleur du projet :
- Côté technique d’abord : la partie sous marine du tunnel est de 38 km de long, sous 40 m en-dessous du niveau de la mer. C’est le plus long tunnel jamais réalisé sous la mer. En fait, il y a trois tunnels : 2 sont des tunnels ferroviaires et le 3ème et un tunnel de service qui passe au milieu des 2 autres.
- Côté trafic : en 2004, Eurotunnel a transporté presque :
o - 1,3 millions de camions
o – 2,1 millions de voitures
o plus de 60 000 autocars, et n’oublions pas les passager, ils étaient quand même
o 7,3 millions à franchir la Manche par le tunnel.

Depuis, la Grande Bretagne n’est plus une île.

- Plan financier : le quotidien du projet n’a pas été vraiment détendu. Le coût des travaux a nettement dépassé le budget initial –comme dans beaucoup de travaux d’ailleurs- mais particulièrement là, vu l’ampleur du chantier. Les dettes, Eurotunnel en a donc accumulées depuis le début, avec l’équivalent de 7,62 milliards d’Euros pour être précis. Et s’y sont ajoutés, dans les années qui suivent, plus de 3 milliard d’Euros. Actuellement, Eurotunnel totalise 8,9 Milliards d’Euros de dettes. Mais ce n’est pas tout : Eurotunnel a aussi procédé à des AK qui lui ont amené 2 Milliards d’Euros supplémentaires dans ces caisses.
Nous allons en reparler un petit peu plus tard. Les dettes, c’est le point crucial d’Eurotunnel. Mais ce n’est pas tout. L’entreprise dit aussi reconquérir ses clients. L’enjeu est vital. Si Eurotunnel n’a pas plus de clients et ne réduit pas ses dettes, elle risque la faillite. Le Groupe ne survivra pas qu-delà de 1er semestre 2007 a averti le Président. Nous allons l’entendre sur ces questions.

Journaliste : JG Bonjour. Nous allons commencer par une première séries de questions SUR LE THEME SENSIBLE DE LA DETTE justement. C’est un thème qui a amené logiquement le plus de questions que ce soit par mail ou par répondeur.

I - 1er theme : LA DETTE

1ère question répondeur de Cédric : j’aurais aimé savoir depuis le début, quel est le montant des dettes remboursées et celui des intérêts payés ; Merci

Journaliste : j’imagine que vous n’avez pas le chiffre avec précision, au million près, mais les grandes masses ?

J. GOUNON : « si, mais je pense qu’il faut avoir des chiffres ronds en tête. L’histoire de la dette, du capital, vous l’avez rappelé est un empilage compliqué. Donc essayons d’aller à l’essentiel. La dette accumulée est allée jusqu’à 12 Milliards d’Euros, elles est aujourd’hui de 9 Milliards d’Euros. Donc on peut considérer qu’en plus de 10 ans, ce sont 3 Milliards d’Euros qui ont pu être remboursés et les intérêts versés, cumulés, peuvent constituer un montant de l’ordre de 2,5 milliards d’Euros. »

2ème question par mail de Jean-Marc : Pourquoi les dettes n’ont pas baissé depuis 3 ans ?

J. GOUNON : « parce que depuis la restructuration de 1998, le principe est de d’abord rembourser les intérêts, puis ensuite, et ce sera seulement à partir de janvier 2007, échéance fatidique dont j’ai fait état, le capital de la dette. Là encore je présente les chose d’une manière simple, parce que malheureusement c’est infiniment plus complexe que cela et fort heureusement, les actionnaires qui nous écoutent ont suffisamment d’informations pour reconstituer l’historique de cette dette et de ces remboursements. Et lorsque je dis que l’Entreprise rembourse les intérêts de sa dette, tout le monde sait que ce n’est pas exact, puisqu’en fait il a fallu qu’Eurotunnel mobilise un prêt spécial, qui s’appelle « les avances de stabilisations » pour arriver à rembourser les seuls intérêts de la dette.

Journaliste : une petite question subsidiaire, M. GOUNON, les avances de stabilisation, c’est pas très clair dans notre esprit. Il s’agit de quoi avec précision ?

J. GOUNON : c’était dans les accords de restructuration de 1998, une dotation spéciale, un prêt à taux 0, jusqu’à fin 2005 malheureusement, qui permettait à Eurotunnel, si elle ne remboursait pas la totalité des intérêts, de s’endetter en piochant dans cette réserve pour rembourser les intérêts. Une espèce de mécanisme qui pourrait s’apparenter à une drogue, dans la mesure, mes propos sont clairs, dans la mesure où cela n’a pas conduit Eurotunnel à faire tous les efforts nécessaires pour s’en sortir par elle-même.

3ème question par répondeur : Marc de Bordeaux : que se passe t-il pour la dette si les taux augmentent ?

Journaliste : voilà qui nous pose le problème, J. G., de la dette à taux fixes et taux variables

J. GOUNON : la dette actuelle est un mélange extrêmement complexe de taux fixes et de taux variables, de couvertures de taux. Je peux dire que les couvertures de taux qui ont été prises dans les années 2001/2002 dans une hypothèse où les taux allaient grimper, alors que nous savons que les taux ont baissé, font que les engagements pris alors nous garantissent, compte tenu des dépenses qui ont été faites il y a quelques années, nous garantissent par rapport à des hausses de taux.
Gardons présent à l’esprit que le problème de la dette Eurotunnel, ce ne sont pas les taux, mais le volume de la dette.

4ème question par mail : Annie nous dit : vous avez très clairement posé le problème de la dette et des échéances cruciales d’Eurotunnel. Vous avez rencontré les créanciers. Comment pressentez-vous leur attitude. Dans quel climat se déroulent ces rudes négociations et avez vous bon espoir d’aboutir à un consensus ?

Journaliste : le consensus c’est pour le 15 juillet, je crois ?

J. GOUNON : plusieurs points dans cette question. Le consensus, c’est l’aboutissement des négociations. Non malheureusement, ça n’est pas pour le 15 juillet. Le 15/07, c’est un engagement que j’ai pris de présenter aux créanciers une pré-esquisse de ce que pourrait être un restructuration financière. Je ne peux pas le faire plus tôt malheureusement, parce que vous savez à quel point du retard a été accumulé sur ce dossier crucial. Donc n’anticipons pas sur les conclusions.
Revenons au point de la question concernant l’attitude et l’atmosphère des négociations en général. Là, je veux être très clair : les créanciers sont de grands professionnels, ils se sont pour la plupart d’entre eux regroupés depuis pratiquement 15 mois, c’est dire qu’ils attendaient avec impatience que les négociations soient ouvertes ! et c’est le cas aujourd’hui. Ces négociations se déroulent entre partenaires de bonne foi, les créanciers, je le dis clairement, sont des gens qui défendent leurs intérêts, c’est légitime, je fais pareil pour Eurotunnel. Mais ce sont de grands professionnels, très pragmatiques et je reviens à la logique de consensus. Le point fondamental est que j’ai le sentiment que les créanciers, et nous-mêmes, avons une claire volonté d’aboutir.

Journaliste : cela semble une très très bonne nouvelle. Maintenant, nous allons revenir un tout petit peu aux chiffres avec une question sur le répondeur :

5ème question : les dettes sont 10 fois supérieures aux fonds propres. Je ne vois pas par quel tour de passe passe, vous comptez vous en sortir ?

Journaliste : alors effectivement, J.G., c’est un ratio particulièrement élevé. Je ne pense pas qu’il y en ait d’aussi élevé à la cote d’ailleurs

J. GOUNON : oui, on sait bien que c’est un ratio qui est insupportable. L’augmentation des fonds propres ça a été fait par le passé. Ce n’est pas aujourd’hui la solution. La solution, elle est claire, elle est nette, je l’ai annoncée : c’est l’objet des négociations : le montant de la dette doit être réduit de façon drastique.

Journaliste : et comment ?

J. GOUNON : comment, par la négociation et, comme je l’ai demandé, l’effacement des dettes qui ont déjà été prises en pertes par tel ou tel créancier sorti du dispositif depuis plusieurs mois ou plusieurs années.

Journaliste : merci pour ces éclaircissements, autre question :

6ème question : Alain souhaiterait savoir si, en dernier recours, vous mènerez devant les tribunaux les responsables de la situation d’Eurotunnel, à savoir l’Etat et les banques ?

Journaliste : J. G. là, j’ai l’impression que la réponse est un peu contradictoire avec ce que vous nous avez appris sur le consensus. Mais nous vous écoutons.

J. GOUNON : d’abord, je voudrais indiquer que je ne travaille pas dans l’exercice personnel du pouvoir, c’est-à-dire qu’une décision de cette nature doit être prise par le Conseil, Conseil qui est derrière moi et avec lequel nous travaillons bien et efficacement. Pour revenir à la question posée, personnellement, mon attitude plutôt de regarder vers le futur que regarder dans le rétroviseur. Je n’ai pas particulièrement examiné ce sujet là. Je sais que des gens y travaillent. l’Adacte -Association de Défense des Actionnaires d’Eurotunnel- a des idées claires sur le sujet, j’en parlerais avec eux.

Journaliste : justement, vous venez de parler de la défense des actionnaires. En quoi l’AG du 17/06 va être déterminante pour ses actionnaires ?

J. GOUNON : c’est le futur proche effectivement de l’entreprise. Le mot d’ordre est clair : il faut se mobiliser. Il faut que les actionnaires existent. Donc je n’ai qu’une seule chose à leur dire : votez, votez, votez ! Parce que si vous n’existez pas, les créanciers ne tiendront pas compte de vos intérêts.

Journaliste : et pour se défendre, vous leur conseillez de voter quoi ?

J. GOUNON : le Conseil a une ligne stratégique claire, c’est la seule gagnante. Donc d’habitude, il vaut mieux choisir les gagnants. C’est effectivement un vote libre, mais si l’on veut sauver Eurotunnel, il doit être un soutien massif au Conseil.

II – 2ème thème : LES RISQUES, L’AVENIR DE L’ENTREPRISE ET EGALEMENT SUR LE MANAGEMENT.

1ère question par mail Dominique : demande textuellement : soyons francs. L’entreprise va vers le dépôt de bilan et vers la prise de contrôle par ses créanciers. Ce n’est plus la peine de tourner autour du pot. Annoncez clairement la couleur. Merci

Journaliste : alors voilà une question très directe, J. G. Nous attendons une réponse tout aussi directe.

J. GOUNON : oui je crois que sur un sujet comme Eurotunnel, il faut poser toutes les questions même les plus difficiles et il ne faut pas cacher la vérité. J’ai annoncé, lors de la présentation de résultats 2004, que le dépôt de bilan d’Eurotunnel était programmé, parce qu’il est conçu, dès la restructuration 98, pour arriver en janvier 2007, lorsque l’entreprise doit rembourser la 1ère partie du capital des emprunts.

Journaliste : un rappel, la 1ère partie du capital, ça fait quel montant ?

J. GOUNON : 50 millions d’Euros. C’est donc quelque chose qui n’est pas à la portée d’Eurotunnel, puisqu’il faut continuer à rembourser les intérêts et que, par ailleurs, le contrat avec les opérateurs ferroviaires change de nature en 11/2006 et Eurotunnel voit 100 ME de recettes disparaître. Si on ajoute ces deux effets, en 1/2007, Eurotunnel doit trouver 150 ME. La réponse est claire, elle est connue depuis longtemps : ce n’est pas possible. C’est la cessation de paiement.
Moyennant quoi, la question posée était légèrement différente, elle faisait état du fait que par le dépôt de bilan, les créanciers prendraient le contrôle d’Eurotunnel. Je crois que c’est méconnaître, malheureusement pour votre auditeur, ce qu’est un dépôt de bilan. Les créanciers ne sont pas spécialement favorisés dans un dépôt de bilan, les actionnaires non plus bien sûr.
Le dépôt de bilan, ça veut dire :
- soit procédure de continuation
- soit reprise à la barre du tribunal. C’est quelque chose que tout le monde veut éviter et donc, certes, la menace existe, mais nous travaillons avec le Conseil et les créanciers, à éviter de se retrouver dans cette situation catastrophique.
-
Journaliste : vous avez raison effectivement de rappeler que le dépôt de bilan ne transforme pas les dettes en capital. Merci

2ème question (répondeur) Paul de Toulon : si Eurotunnel dépose le bilan, que devient le tunnel ?

Journaliste : alors, J. G., une très bonne question. Parce qu’effectivement, ça peut arriver à une entreprise ; alors que se passe t-il ? Le tunnel est fermé ?

J. GOUNON : le tunnel est une grande infrastructure de transport européenne, qui a vocation, au terme de la concession, à devenir propriété des Etats.
Ce qui veut dire simplement que si Eurotunnel, société privée actuellement concessionnaire, venait à disparaître, l’Etat aurait à rechercher un autre concessionnaire pour exploiter le tunnel. Donc effectivement, le trafic ne serait pas menacé, certainement perturbé, mais il faut avoir présent à ‘esprit qu’Eurotunnel est une concession. Nous sommes trop restés dans la logique que c’était un constructeur. Non, cette période est finie.
Eurotunnel est une concession. C’est donc le sauvetage d’un concessionnaire qu’il faut envisager, cela peut prendre plusieurs formes, mais la concession est indépendante de l’avenir d’Eurotunnel.

Journaliste : alors justement, on vous parlait de l’Etat qui reprendrait cette concession. Une autre question sur répondeur

3ème question Julie : j’aurais aimé savoir ce que ferait l’Etat en cas de faillite ? Merci

Journaliste : vous venez plus ou moins de répondre. J’aimerais que vous complétiez ? J. Gounon, sur ce rôle de l’Etat en cas de faillite, -qui est toujours possible d’après ce que vous nous dites-

J. GOUNON : écoutez, comme traditionnellement la réponse est de dire, il faut poser la question à l’Etat et aux représentant de l’Etat et des Etats. Ce que je peux vous dire, mais je ne peux pas en faire état publiquement, c’est que j’ai des contacts suivis, mais confidentiels, avec les pouvoirs publics, avec les autorités européennes, pour les informer du dossier, les alerter en temps utile. Comme nous ne sommes pas encore, heureusement, dans cette situation catastrophique, puisque nous avons 18 mois de travail intense pour trouver une solution. Nous ne sommes pas dans l’hypothèse selon laquelle l’Etat aurait à « remplacer » Eurotunnel.

Journaliste : mais J. Gounon, l’Etat pourrait-il vous aider d’une autre façon, sans parler de reprendre une entreprise en faillite, avec quelque chose d’un petit peu moins noir tout de même ?

J. GOUNON : j’applique dans ce dossier, le proverbe bien connu « aides-toi et le ciel t’aidera ». Je dis qu’il faut qu’Eurotunnel et ses créanciers travaillent pour rapprocher leurs points de vues et esquisser une solution crédible. Nous verrons si cette solution peut se suffire à elle-même, ou si le moment venu, elle nécessitera des aménagements faisant intervenir les pouvoirs publics. Aménagements qui peuvent prendre des formes extraordinairement variées :

- ce peut être des modification réglementaires
- législatives
- des dispositions fiscales.
Là encore ensemble de mesures qui ne peuvent pas, compte tenu de leur variétés, je pense être exposées ici, et surtout malheureusement parce que nous ne sommes pas encore avancés dans ce dossier. Si les négociations sur lette avaient été démarrées beaucoup plus tôt, je pourrais répondre avec plus de précisions à l’impatience de vos auditeurs.

Journaliste : il semble, J. Gounon, que vous nous donniez tout de même un petit espoir sur un rôle de l’Etat. C’est une bonne nouvelle en quelque sorte.

4ème question par mail de Rémy : question à laquelle vous avez commencé à répondre. Rémy suggérait de nationaliser Eurotunnel

Journaliste : alors, J. Gounon, décidément on veut vraiment que l’Etat mette la main sur Eurotunnel

J. GOUNON : je pense que là encore, ce n’est pas à moi de répondre, mais les pouvoir publics ont été par le passé, très clairs, très précis sur ce sujet : les Etats n’envisagent pas clairement de prendre le contrôle, d’une manière ou d’une autre, d’un opérateur ferroviaire, puisque qu’Eurotunnel est un opérateur ferroviaire titulaire d’une concession.
Donc là encore, faisons preuve de réalisme. C’est d’abord à Eurotunnel de régler ses propres problèmes. Il sont effectivement extrêmement difficiles, mais il faut commencer par cette étape fondamentale et, j’anticipe peut-être sur d’autres questions qui viendront, nous serons d’autant plus efficaces dans les négociations en cours, que les actionnaires seront mobilisés derrière le Conseil, derrière moi, sur cette volonté farouche de d’abord traiter nos problèmes, avant d’avoir je ne sais quelle incantation à un secours extérieur.

Journaliste : d’ailleurs dans ce registre de l’Etat et d’Eurotunnel, il y avait aussi des questions intéressantes, dont une, sur le fait qu’on est passé par une introduction en bourse d’une entreprise, un petit peu à part, d’une concession, alors que ça aurait pu être l’Etat qui directement lance un tel projet. Qu’en pensez-vous ?

J. GOUNON : les décisions ont été prises à l’époque. La seule chose que je pourrais souligner, qui est tout à fait évidente, c’est qu’Eurotunnel est la seule entreprise privée ayant réalisé une infrastructure, très clairement de service public, de franchissement d’une barrière naturelle, la Manche, connectée à un réseau trans-européen d’infrastructures de transport ferroviaire, qui elles sont toutes intégralement publiques. CHERCHEZ L’ERREUR

Journaliste : vous voulez dire qu’il n’y a pas d’autre entreprise au monde qui soit comme Eurotunnel, un service public en quelque sorte, et introduit en bourse ?

J. GOUNON : non, ça n’est pas le cas, parce qu’il y a des concessions autoroutières, surtout lorsqu’elles sont privées,
Non, je dis simplement, et parlons de l’Europe. En Europe, dans le réseau de transports des infrastructures ferroviaires, Eurotunnel est la seule entreprise privée ayant financé 100 % de cette infrastructure

Journaliste : question répondeur qui va changer de registre et qui vas vous concerner plus directement

5ème question de Jérôme : je suis actionnaire de votre société et j’aimerais comprendre en quoi le changement de management améliorerait notre situation. Merci

Journaliste : voilà une question très directe, J. Gounon, sur votre rôle en tant que nouveau manager d’Eurotunnel

J. GOUNON : alors, changement de management, je ne sais pas ce que vous voulez dire par là. Je voudrais rappeler qu’Eurotunnel est une entreprise dont l’exploitation est extrêmement performante, qu’elle compte 3100 salariés, cadres employés, ouvriers, extrêmement compétents. Son niveau de performance est tout à fait exceptionnel et la place parmi les tout meilleurs dans les nombreux segments de ses prestations.
Le changement de management, je suppose que vous voulez dire, le changement de Président ? Il est difficile pour moi de porter un jugement sur ma propre activité. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis venu ici par conviction . J’ai la ferme intention, avec d’autres, d’aider à résoudre ce problème de la dette et de l’amélioration du volume d’activité d’Eurotunnel.
Je vais le faire comme un professionnel qui s’investit et qui compte surtout, je le répète sur les salariés de l’entreprise pour m’aider à vaincre les difficultés.

Journaliste : nous allons prendre une dernière question sur le répondeur

6ème question : je voudrais savoir pourquoi M. M. ne fait pas partie du CA, étant donné que c’est le seul défenseur des petits actionnaires ?

Journaliste : alors, J. Gounon, en effet, on a beaucoup entendu parlé de N.M.. Il a fait la une de la presse au sujet d’Eurotunnel et on a l’impression qu’il est quasiment dans la Société. Qu’en est-il ?

J. GOUNON : Pardon Monsieur. Je voudrais vous répondre directement ; je considère que ma responsabilité, et c’est en plus ma conviction, c’est d’être le premier défenseur des petits actionnaires. C’est ma mission et je l’assume franchement. Il y en a d’autres, j’ai cité l’Adacte, on peut bien sûr, et j’en suis ravi, trouver d’autres soutiens. Donc soyons clairs, l’AG du 17/06, c’est l’occasion pour les actionnaires de montrer qu’ils existent. Non pas de se déchirer, non pas que certaines ambitions personnelles, externes à l’avenir de l’entreprise, s’expriment.
Non, le principe est clair : les actionnaires doivent voter massivement pour montrer aux créanciers, c’est fondamental pour la poursuite des négociation, voter massivement pour montrer qu’ils veulent défendre Eurotunnel. Vous êtes donc, Monsieur, vous aussi, avec moi, avec le Conseil, le premier défenseur d’Eurotunnel.

Journaliste : cela veut-il dire que vous supposez que NM, et ceux qu’il représente, ne va pas voter dans ce sens là ? Et combien représentent-ils justement ?

J. GOUNON : ça, nous le saurons le jour de l’AG. Si M. M. est aussi investi qu’il le dit, je sais que ce n’est pas à titre personnel, c’est une société, mais peu importe, s’il est aussi favorable au maintien et à l’effacement de la baisse dramatique du cours de bourse que nous avons connue ces 9 derniers mois, il ne peut que soutenir le Conseil.

Journaliste : donc vous pensez qu’il a toutes les raisons de voter dans votre sens, dans le sens du Conseil et de la défense de actionnaires ?

J. GOUNON : les actionnaires doivent être unis pour gagner. Ils doivent donc par un vote massif expliquer clairement à l’AG du 17/6 qu’ils rejettent la division, qu’ils rejettent les attaques personnelles, que leur ambition, c’est la mienne, c’est celle du Conseil, c’est de sauver Eurotunnel en renégociant la dette. Qu’ils le disent, qu’ils votent massivement.

III - Autres groupe de questions : 3ème thème : LE PARCOURS BOURSIER

1ère question mail de Luc : qui avait acheté des action pour ses petits enfants, ces petits enfants ont grandi. Il voudrait savoir si vous leur conseillez de rester actionnaires ?

Journaliste : effectivement, ces enfants sont maintenant des adolescents et même de jeunes adultes, et cette question a été précédée de très nombreuse autres : ai-je une chance de voir un jour monter le cour d’Eurotunnel, que faire quand on a perdu 98 % de la valeur ?
Effectivement, ce n’est pas si courant. Donc, une petit mot, un grand mot même, sur le parcours boursier d’Eurotunnel

J. GOUNON : tout d’abord, se rappeler qu’Eurotunnel est une concession. Tout le monde sait ce que cela veut dire. Et en plus, c’est une concession dont les opérations sont rentables, sont profitables. Donc le discours, la réponse est extrêmement clair, oui.
Si vous en avez la possibilité, il faut rester. Il faut avoir confiance dans l’avenir. Je suis convaincu que nous restructurerons la dette d’Eurotunnel.
En ce qui concerne le parcours boursier, je trouve désastreux que les divisions qu’a connu cette entreprise aient conduit à ce que le cours de bourse soit divisé par 3 depuis un an. Ca, c’est un vrai gâchis.
Je travaille à ce que de manière professionnelle et sérieuse, les investisseurs retrouvent confiance en Eurotunnel. Qu’il y ait un processus qui s’engage de remontée du cours de bourse. Qui comportera bien sûr de fortes montées, comme ces 2 ou 3 derniers jours, certainement des pauses, des prises de bénéfices, mais j’ai la ferme conviction que nous sommes repartis dans un processus où le fait qu’Eurotunnel est une concession dans laquelle on peut investir, s’imposera de plus en plus.

Journaliste : J. Gounon, sans lire dans le marc de café, le parcours boursier a été exceptionnel dans le passé. On est même monté jusque au-delà de 100 F (15 E). Vous pensez qu’un jour les actionnaires ont une chance de revoir ce cours là. Je pense qu’il faut leur dire très honnêtement.

J. GOUNON : alors je pense que ce prix, sur lequel je ne porte pas de jugement, tenait compte qu’Eurotunnel était une concession ayant un long et durable avenir devant elle. Si nous évitons le dépôt de bilan, l’opération de départ reste celle qui permettra au cours de bourse d’avoir la valeur d’une concession.
Donc oui. La vraie question, la seule question : QUAND ? Certainement pas demain matin. Je ne suis pas un marchand de rêves. Je ne suis pas un démagogue comme certains ; je dis simplement, travaillons, restructurons la dette, reconstruisons tus ensemble l’entreprise et on retrouvera les fondamentaux boursiers d’une concession.
Tout le monde sait ce que cela veut dire.

Journaliste : donc, si on évite le dépôt de bilan, on entre dans la catégorie des recovery, qui est assez bénéfique sur le plan boursier.

J. GOUNON : c’est mon objectif.

Journaliste : espérons que vous réussirez.

2ème question (répondeur) Jean-Luc d’Amiens : est ce que vous n’avez pas l’impression que seuls les spéculateurs peuvent s’intéresser à Eurotunnel ? Pour moi qui suis plutôt un investisseur sur le long terme, est-ce qu’il n’y a pas vraiment un gros gros risque ?

Journaliste : J. Gounon, alors effectivement, on a un peu l’impression en voyant les cours d’Eurotunnel, au jour le jour, et particulièrement ces derniers jours, que la spéculation se déchaîne parfois sur votre titre. Est-ce qu’il n’y a qu’eux qui peuvent investir sur Eurotunnel aujourd’hui ?

J. GOUNON : malheureusement, nous avons observé une spéculation à la baisse. Celle du désespoir, celle du constat que rien n’était fait pour sortir l’entreprise de l’ornière.
Ceci étant, en arrivant, j’ai constaté qu’Eurotunnel ne connaissait pas suffisamment ses actionnaires et bien évidemment, ne communiquait pas suffisamment avec ses actionnaires.
J’ai cherché à mieux les identifier. Je vous indique, qu’à la surprise générale, on observe qu’une majorité d’actionnaires sont des actionnaires historiques qui se sont renforcés au fil du temps, lorsque les cours baissaient, pour moyenner à la baisse leurs positions, ce qui est tout à fait légitime.
On observe évidemment une petite quantité d’actionnaires qui sont arrivés sur des propos de rêves il y a 12 ou 15 mois et bien sûr ont cruellement déchanté, mais tout le monde sait que la bourse c’est un pari ; ce n’est pas un gain sûr. Je les renvoie donc à leur propre prise de risques qui ne me concerne pas.

Journaliste : une petite parenthèse, J. Gounon, sur ces actionnaires – ils sont + de 800 000 ces chiffres sont exacts je crois - ils sont fidèles depuis le début ou beaucoup sont partis ? Avez-vous une estimation ?

J. GOUNON : nous avons 800 000 actionnaires. Ils étaient 1,100 million l’année dernière ; donc oui 300 000 actionnaires sont partis. Ceux qui, vraisemblablement étaient arrivés avec une mauvaise connaissance des fondamentaux de l’entreprise.
Sur ces 800 000 actionnaires, je salue 140 000 actionnaires anglais qui sont extrêmement fidèles et qui sont là depuis le début. Et comme il y a très très peu d’actionnaires, soit non français, soit non anglais, les actionnaires français sont ceux qui sont venus à l’origine du projet, pour participer à une grande aventure et ma volonté est que cette aventure ne se termine pas de façon triste.

Journaliste : donc vous pensez que depuis le tout début, depuis novembre 1987, la déperdition a été finalement assez réduite

J. GOUNON : oui, contrairement aux idées reçues, il y a beaucoup plus d’actionnaires historiques que l’on a l’habitude de le dire.

3ème question (mail) de Christophe : ne pensez-vous pas qu’il serait nécessaire de limiter la part des hedges funds dans le capital d’Eurotunnel, qui, rappelons-le, sont souvent à consolider avec de grands groupes bancaires qui sont aujourd’hui à la base de la situation actuelle ?

Journaliste : alors les fameux HF, on en a parlé pour nombres de valeurs, les plus grandes de la cote. Quand on parle de spéculation on parle souvent de HF, peut-être à tort ? J. Gounon des éclaircissements sur ce rôle des HF ? Sur la façon dont ils traitent votre titre ?

J. GOUNON : oui. Cessons de fantasmer. J’ai lu, comme vous, le fait qu’il y aurait ces HF. Personnellement je ne les ai pas encore ni vues, ni rencontrés. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait pas ici ou là quelques prises de risques par des fonds spécialisés dans l’investissement, soit de créances, soit d’actions de sociétés en retournement, mais c’est un phénomène marginal. J’ai dit à la précédente question que, contrairement aux idées reçues, que les actionnaires étaient beaucoup plus stables qu’on avait l’habitude de le penser. J’affirme que les créanciers que j’ai en face de moi sont des créanciers sérieux, qui se retrouvent dans ce mécanisme pur les raisons historiques bien connues, j’allais dire comme les actionnaires, ils ont donc la même approche de ce dossier, à savoir le traiter de manière rigoureuse pur assurer un avenir à Eurotunnel. Je ne crois pas, donc, que tout ce qui est dit sur d’éventuels vautours, puisque c’est le terme journalistique utilisé, corresponde à la réalité d’Eurotunnel.

Journaliste : nous avons eu de nombreuses question sur les hedges funds dont une sur les créances cotées. Alors j’aimerais avoir une petite explication sur les créances d’Eurotunnel qui valent moins que leur prix d’émission. Alors, est-ce que l’on peut spéculer là-dessus. Sur le fait que vous remboursiez finalement … Comment cela se passe t-il ?

J. GOUNON : les créances sont libres d’échanges entre les créanciers. Donc en fonction de leur propre politique, de leur analyse du dossier Eurotunnel, les créanciers se vendent entre eux le papier Eurotunnel et nous avons un suivi de ces mouvements ; nous savons quelles sont les conditions dans lesquelles ces papiers sont échangés, c’est ce qui me permet d’affirmer de manière globale, parce que c’est beaucoup plus compliqué en détail, qu’aujourd’hui le niveau d’appréciation par les créanciers eux-mêmes est de l’ordre de 4 milliards d’Euros.

Journaliste : et en %, ça veut dire, c’est appréciable à combien de la valeur d’émission ?

J. GOUNON : à comparer aux 9 milliards qui est la valeur faciale de ces titres.

Journaliste : vous voulez dire que sur le marché la dette d’Eurotunnel vaut la moitié de sa valeur faciale ?

J. GOUNON : Exact Journaliste : est-ce qu’on pourrait pousser le raisonnement en ce disant qu’en rachetant cette dette à 4 milliards et quelques d’Euros on gagnerait la somme qui manque jusqu’à 8,9 ?

J. GOUNON : malheureusement non. Parce que la loi de l’offre et la demande fait que dès que l’on parle d’acheter , le prix de vente monte ; c’est un phénomène connu. C’est quelque chose qui a été fait par Eurotunnel en 2001 et 2002, des fameux fonds dits FLF1 et FLF2, où à partir d’une décote qui existait déjà à l’époque et qui était assez importante, le mécanisme de rachat n’a permis que de « mettre la main » que sur une décote de 27 %. Je pense que nous serions dans la même situation si nous nous portions acquéreurs (pour autant qu’on ait l’argent, ce qui n’est pas le cas) de cette dette, sa valeur augmenterait. Donc, la solution malheureusement nécessite beaucoup plus de négociations complexes que cette présentation simplifiée.

Journaliste : merci.

Autre question répondeur 4ème question : Nathalie : prévoyez-vous une augmentation de capital ?

Journaliste : alors l’augmentation de capital est revenue dans plusieurs questions par mail et sur le répondeur. Ca à l’air d’être une obsession parce qu’elle spolie le petit actionnaire. Quelques mots ?

J. GOUNON : clairement elle n’est pas à l’ordre du jour. L’objectif aujourd’hui c’est, comme je l’ai indiqué, d’obtenir : une vision commune avec les créanciers sur la capacité de remboursement d’Eurotunnel. Moi je dis que ma lecture du dossier c’est qu’Eurotunnel ne peut pas rembourser que 3,3 Mds E. Ce qui veut dire que les créanciers doivent abandonner de la dette et c’est ça aujourd’hui le sujet qui est sur la table.

Journaliste : ça veut dire que si ces créanciers abandonnent de la dette, il vont prendre du capital à la place ?

J. GOUNON : Alors là vraiment je ne vois pas pourquoi on passerait du fait : abandon de la dette à prise de capital. Je serais tenté de dire : qu’en feraient-ils ? Si c’est pour les vendre ensuite comme cela a été fait en 1998, on voit quel en est le résultat et on voit que ça ne permet pas de résoudre le problème d’Eurotunnel. Ca permet tout au plus de retarder l’échéance. Ce n’est pas mon but. Mon but c’est de trouver et de mettre en place une solution qui assure définitivement la survie du concessionnaire.

Journaliste : donc, vos actionnaires n’ont pas à craindre un augmentation de capital prochaine.

5ème question (mail) Pascal : je souhaiterais savoir si vous envisagez de retirer la valeur Eurotunnel du SRD ?

Journaliste : oui effectivement. Sur le SRD : en quelques mots, ça permet d’acheter 5 fois plus d’actions que la mise initiale que l’on met. En gros, si l’on met 100 E sur la table, on peut acheter pur 500 E, mais on peut surtout, pire, le vendre à découvert. Alors effectivement, c’est une excellente question pur une valeur un peu volatile ?

J. GOUNON : oui, valeur volatile à la baisse malheureusement. La spéculation n’aurait d’intérêt que si, et c’est bien sûr un objectif pour tous les actionnaires, que si le cours de bourse remonte. Moi je donnerais une réponse beaucoup plus claire et beaucoup plus directe : il faut savoir si nous vouons, si les actionnaires veulent qu’Eurotunnel soit une grande entreprise ou une petite entreprise. J’ai clairement choisi que ce doit être une grande entreprise. Et, selon les règles du marchés, une grande entreprise est au SRD.

IV– LE PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT DE L’ENTREPRISE, un principe assez original

1ère question (répondeur) : Stéphane de Seine-St-Denis : j’aimerais savoir d’où viennent les principaux revenus d’Eurotunnel, car, en effet, quand je paie mon billet à la SNCF …. ; je ne comprends pas trop qui sont les clients d’Eurotunnel. En fait j’aimerais savoir d’où vous prenez les principaux revenus. Merci

Journaliste : J. Gounon, en effet, c’est une très bonne question. Qui vous paie ?

J. GOUNON : Alors, il ne faut pas confondre Eurotunnel, qui est le concessionnaire du Tunnel, qui exploite des navettes ferroviaires, les fameuses shuttles qui permettent de faire passer des camions et des voitures dans le Tunnel sou la Manche, et Eurostar qui est une exploitation ferroviaire avec des clients et c’est la SNCF lorsque l’on prend son billet en France. L’activité propre d’Eurotunnel est effectivement insuffisamment connue. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de l’AG du 17 juin et pour assurer la promotion des services d’Eurotunnel, la Société a décidé de tirer au sort 1000 A/R parmi les votants à l’AG. Donc là, par exemple, si vous voulez découvrir ce que fait Eurotunnel, votez et vus aurez une chance d’être tiré au sort.

Journaliste : J. Gounon, vous voulez dire que les shuttles, les navettes, vous appartiennent. C’est vous finalement le propriétaire de ces navettes et c’est vous qui encaissez le recettes liées à ces navettes.

J. GOUNON : Exact. C’est la richesse d’Eurotunnel et ça représente la moitié des revenus d’Eurotunnel Journaliste : et revenus qui sont de ? J. GOUNON : de l’ordre de 770 millions d’année dernière. Insuffisantes. Insuffisantes parce qu’Eurotunnel justement n’a pas une dynamique commerciale propre qui est suffisante. Je voudrais, je veux, que l’on relance une véritable dynamique commerciale.

Journaliste : et l’autre moitié vient de la SNCF ?

J. GOUNON : l’autre moitié vient des revenus de ce que l’on appelle les opérateurs ferroviaires, c’est-à-dire, très simplement Eurostar. Journaliste : et Eurostar représente 400 millions par an J. GOUNON : Exact. Journaliste : et cette redevance est fixe, définitive ou en fonction du succès d’Eurostar ?

J. GOUNON : cette redevance était fixée depuis 1987 à un niveau fixe. Ce niveau fixe s’arrête en 11/2006. C’est une des raisons, c’est même la 1ère raison des difficultés que rencontrera Eurotunnel à cette époque. Elle sera, cette redevance, remplacée par un péage aux passagers réels. Malgré le succès d’Eurostar, on est, comme vous le savez, très très très très loin des prévisions initiales. Il faudrait qu’il y ait beaucoup plus de trafic dans le tunnel, aussi bien via Eurostar que par les moyens propres d’Eurotunnel.

Journaliste : Merci. Justement une question par mail – une question qui rebondit tout à fait sur cette confusion avec Eurotunnel et Eurostar

2ème question Emmanuel qui ne comprend pas pourquoi l’activité d’Eurostar est un succès, tandis qu’Eurotunnel perd de l’argent ?

Journaliste : alors effectivement, on a l’impression qu’Eurostar gagne de l’argent, enfin il faudrait peut-être demander à la SNCF me direz-vus, et qu’Eurotunnel ne cesse d’en perdre. Pourquoi cette différence ?

J. GOUNON : tout simplement parce qu’Eurotunnel a construit l’infrastructure du Tunnel sous la Manche et a à rembourser les prêts correspondants et qu’Eurostar n’a qu’à s’acquitter d’un péage sous avoir le souci de l’infrastructure, et ça veut simplement dire que le péage que fait payer Eurotunnel n’est pas assez élevé.

Journaliste : ceci amène peut-être à une autre question. Vous avez une concession qui dure jusqu’en 2086, je cris. Cette concession vous coûte combien par an ?

J. GOUNON : la concession coûte le remboursement des emprunts qui ont été fait pour construire l’infrastructure, remboursement intérêts + capital. Aujourd’hui, c’est insupportable. Demain, grâce à la restructuration financière, on remettra en adéquation les recettes propres d’Eurotunnel, les recettes des opérateurs ferroviaires et le niveau de dette qu’Eurotunnel aura jà rembourser. C’est tut le dossier qui est en cours. C’est la négociation qui est conduite. Négociation qui sera d’autant plus favorable aux actionnaires que ceux-ci seront mobilisés derrière le Conseil pour défendre leurs intérêts. Journaliste : et après 2086 ?

J. GOUNON : après 2086, les infrastructures reviennent aux états qui décideront le moment venu ce qu’ils comptent en faire.

3ème question (répondeur) : Thibault : j’aurais souhaité savoir s’il y avait d’autres tunnels du même type dans le monde

Journaliste : alors je crois que c’est une question qui en appelle deux : Est-ce qu’il y a d’autres tunnels sous marins (je pense que la réponse sera positive), mais est ce qu’il y a d’autres tunnels qui fonctionnent comme le vôtre ?

J. GOUNON : d’autres tunnels sous marins, oui bien sûr ; Est-ce qu’Eurotunnel est unique : oui. J’ai la faiblesse de le penser. Unique parce que nous avons la chance d’avoir 800 000 actionnaires. Unique parce qu’en terme de performance opérationnelle, je le dis, les équipes d’Eurotunnel font un travail exceptionnel. Unique parce que nous avons une dette considérable à renégocier dans un délai extrêmement court. Journaliste : maintenant une autre question mail, caroline ? Oui, plusieurs mails d’auditeurs qui ne comprennent pas pourquoi le chiffre d’affaires ne cesse de baisser depuis plusieurs années et en particulier a question d’Hervé

4ème question : Hervé : vos comptes sont lourdement déficitaires et ça ne s’arrange pas. Quelles recettes miracles avez-vous pour les faire passer dans le vert ?

J. GOUNON : des recettes miracles, certainement pas. Du travail, de la volonté, certainement. La baisse du trafic que l’on a observée depuis 2000 est une espèce de spirale défaitiste contre laquelle j’entends lutter. On peut trouver des explication, on peut même peut-être trouver des justifications. Là encore, le passé ne m’intéresse pas. Nous somme dans une situation où ilk faut redresser l’ensemble de l’entreprise. Je pense que j’ai repris en mains la plupart des leviers qui permettent de le faire. L’objectif, c’est, dans 5 ans, d’atteindre 1 milliard d’Euros de chiffre d’affaires. On en est très loin ; on est aujourd’hui à – de 800 millions. Mais il n’y a rien d’impossible lorsque l’on a la volonté d’y arriver.

Journaliste : puisque l’on parle de l’avenir, on peut parler du passé juste récent qui pré-suppose cet avenir. Est-ce que les recettes 2005 sont les tendances positives nous amenant vers ce milliard ?

J. GOUNON : oui, la tendance est plutôt positive. Mais en ce qui concerne la capacité à extrapoler sur le long terme des résultats, même s’ils sont sympathiques, qui durent uniquement un trimestre, c’est pareil pour la remontée récente du cours de bourse. Je suis quelqu’un de relativement prudent, donc il est hors de question de crier victoire trop tôt. Ce n’est qu’après des mois, des années d’efforts continus qu’on saura si effectivement cette tendance favorable se confirme. Moyennant quoi, il faut pas bouder son plaisir, nous avons enfin, enfin ! des 1ers signes positifs. Prenons-les avec satisfaction et construisons dessus.

Journaliste : nous avons eu d’ailleurs d’autres question qui nous demandaient en quoi le chiffre d’affaires d’Eurotunnel est conditionné à la croissance économique de la France, de l’Angleterre. On suppose que le Tunnel n’est pas emprunté que par les anglais qui possèdent une maison en France. Qu’est-ce qui fait votre chiffre d’affaires ?

J. GOUNON : le premier fer de lance qui fait le développement d’Eurotunnel, c’est le trafic de fret et ce trafic de fret évolue bien évidemment à peu près comme l’activité économique. Etant entendu qu’en Grande Bretagne on observe une certaine désindustrialisation. On a tous en mémoire la tragédie qu’est la fermeture des usines Rover. Ceci nous laisse à penser, le malheur des uns pouvant faire le bonheur des autres, que la Grande Bretagne aura de plus en plus besoin d’importer des matières premières et des produits manufacturés. Donc je suis confiant dans l’avenir. Il est vraisemblable que l’activité de fret d’Eurotunnel pourra progresser et que c’est un secteur gagnant. Et c’est la raison pour laquelle je considère qu’Eurotunnel, qui est un opérateur ferroviaire, doit faire pleinement partie des réseaux de transport européens et doit être capable daller chercher du fret en Europe et de l’amener en GB et bien sûr l’inverse.

Journaliste : J. Gounon merci pour ces réponses très claires aux très nombreuses questions. Malheureusement nus n’avons pu toutes les traiter et nus allons maintenant passer à une conclusion sous forme de prospective.

V - CONCLUSION

Journaliste : J. Gounon, Président d’Eurotunnel, nous allons vous demander de vous prêter à un petit exercice qui est d’établir des scénarios pour l’avenir. Quels sont-ils ? Si on faisait 3 scénarios : - un premier, le plus rose - un scénario médian, on va dire - un scénario catastrophique Quels pourrait-il être et quelles en seraient les conséquences ?

J. GOUNON : moi, je suis une homme d’action donc je ne suis pas quelqu’un qui cherche un éventail de solutions, pour finalement décider de n’en prendre aucune. J’ai clairement annoncé que l’objectif d’Eurotunnel c’était de restructurer sa dette, en ramenant cette dette à un niveau supportable pour ‘entreprise. J’ai clairement annoncé que l’entreprise devait se développer. Se développer avec son trafic propre. Se développer avec toute l’intégration possible dans les réseaux de transport européens. J’ai indiqué enfin que l’entreprise avait des échéances graves, inéluctables, programmées depuis longtemps, en janvier 2007 et que nous n’avions plus beaucoup de temps pour pouvoir régler les problèmes. Donc, je suis clair, nous n’avons pas le temps de nous interroger. Nus n’avons pas le temps de faire des scénarios A B C D. Il y en a deux : celui sur lequel je travaille, la réussite de la négociation, l’alternative, elle est claire, c’est le dépôt de bilan. Donc concentrons nus tus sur la négociation de cette dette, sur l’amélioration des performances de l’entreprise, le calendrier est extrêmement serré.

NOUS AVONS BESOIN D’UNE TRES FORTE MOBILISATION DES ACTIONNAIRES. C’EST LA RAISON POUR LAQUELLE, JE L’AI DEJA DIT, JE L’AI ECRIT, JE LE REPETE ICI SUR CETTE ANTENNE : ACTIONNAIRES D’EUROTUNNEL, VOUS ETES L’ELEMENT MOTEUR DU SAUVETAGE D’EUROTUNNEL. MAIS VOUS DEVEZ APPARAITRE, EXISTEZ. VOUS DEVEZ VOTER MASSIVEMENT A L’AG, DERRIERE LE CONSEIL, PARCE QUE C’EST EN ETANT UNIS ET FORTS QUE NOUS POURRONS RAPIDEMENT REGLER CE PROBLEME DE LA DETTE.

Journaliste : donc, si je vous résume, il y a 2 scénarios : - A : dette renégociée - B : dépôt de bilan
Dans le scénario A, est-ce qu’il y a plusieurs possibilités de négociation ? Est-ce qu’il y a l’optimale et la moins optimale ?

J. GOUNON : ce sont les négociations qui nous diront si nous avons pu atteindre notre ambition de ramener la dette à son plus bas niveau possible ou pas.

Journaliste : rappelons-le d’ailleurs J. GOUNON : 3,3 Milliards d’Euros qui est la capacité contributive d’Eurotunnel. Alors les négociations doivent être planifiées et suivies de manière rigoureuse. Elles se déroulent aujourd’hui de manière très intense. - L’objectif est de se mettre d’accord avec les créanciers FIN JUIN sur la « richesse » d’Eurotunnel. - Puis d’esquisser un programme de restructuration et, comme ça a déjà été dit, d’arriver à avoir une vision claire du dossier à LA FIN DE CETTE ANNEE 2005. C’est la raison pour laquelle je pense que je serais conduit à informer continûment les actionnaires et à leur demander de se mobiliser dans les jours, les semaines et les mois qui viennent parce que c’est cette mobilisation qui nous fera gagner. Journaliste : pour terminer, les grandes dates, les grandes échéances à venir ?

J. GOUNON : les grandes échéances à venir : - l’Assemblée Générale qui doit mesurer le niveau de mobilisation des actionnaires ; c’est ça le seul enjeu de l’AG du 17/6 - une esquisse de plan de restructuration mi-juillet. Je regrette amèrement de n’avoir pas pu démarrer plus tôt parce que le temps perdu ne se rattrape jamais - une idée de solution à la fin novembre - et je l’espère un clôture des compte 2005 d’Eurotunnel qui permettent de confirmer cet espoir réel que j’ai, que nous avons, la solution à portée de main.

Journaliste : merci, Jacques GOUNON d’avoir répondu à ces très nombreuses questions du spécial actionnaires d’Eurotunnel sur BFM. Vous retrouverez d’ailleurs sur BFM, dans les semaines qui viennent, le suivi de cette actualité particulièrement chaude. Nous serons tous là et à l’écoute de vos cours et de l’avenir d’Eurotunnel