Eurotunnel prend du retard sur sa renégociation financière

Les Echos 11 janvier 2005

La demande de dérogation n'a toujours pas été envoyée aux créanciers.
Direction et syndicats ont signé hier un accord de méthode en vue de préparer un plan social.
Le cours du titre est resté stable depuis deux jours à la Bourse de Paris.

Eurotunnel risque de ne pas tenir le délai de cinq mois évoqué le mois dernier (« Les Echos » du 26 janvier) pour boucler sa restructuration financière.
Hier, à l'occasion d'une conférence téléphonique réservée aux actionnaires, Jean-Louis Raymond, son directeur général, a indiqué que la demande de dérogation (« waiver »), préalable nécessaire à la renégociation de la dette de 9 milliards d'euros, n'avait pas encore été envoyée aux créanciers. « J'espère le faire dans les semaines qui viennent », a-t-il indiqué, alors qu'il y a quinze jours cet envoi était imminent. Les discussions achoppent notamment sur la prise en charge des honoraires des conseils des créanciers.

A un actionnaire qui évoquait la somme de 19 millions d'euros, le dirigeant a répondu qu'il ne la démentait pas, tout en souhaitant ne faire aucun commentaire.
Le directeur financier Hervé Huas a pour sa part indiqué qu'un « point d'étape » sur la renégociation sera fait le 15 juin lors de l'assemblée générale. Il y a quelques jours, il était question que le dossier soit bouclé à cette date.
Pour autant, Jean-Louis Raymond ne change pas de ligne de conduite. Il s'agit toujours de négocier avec les créanciers la réduction de la valeur faciale de la dette à un niveau qui soit « finançable et sain » pour Eurotunnel. C'est-à-dire de la ramener à sa valeur de marché, dont on dit qu'elle s'élève à 4,5 milliards d'euros, compte tenu d'une décote de 50 %. Deux sortes de transactions Refusant de s'attribuer cette estimation dont il donne la paternité au ministre de l'Economie, Hervé Gaymard, l'intéressé joue la prudence : « Est-ce supportable pour l'entreprise ? oui. Pour les créanciers ? c'est la question. » Pour atteindre cet objectif, il propose deux sortes de transactions. La première, qui doit aussi être la plus importante dans l'esprit du responsable, concerne « le rachat en cash », à leur valeur de marché, des titres de créances. La dette résiduelle fera alors l'objet d'une restructuration en « divers titres de créances », dont des quasi-fonds propres. Il reste hors de question de transformer la dette en actions.
En parallèle - mais le sujet n'a pas été évoqué hier -, Jean-Louis Raymond s'active à la préparation d'un plan social. L'objectif, à peine voilé, est de le mettre en oeuvre une fois bouclée la négociation avec les banques et une fois la confiance des actionnaires à l'équipe dirigeante renouvelée lors de la prochaine assemblée générale. Hier après-midi, syndicats et direction ont conclu un accord de méthode dans le but d'entamer une coopération sur les modalités. Il est notamment prévu de donner huit semaines au cabinet Secaphi Alpha pour dresser un état des lieux qui sera ensuite discuté avec la direction, avant de passer à une phase plus offensive.
LUCILE CHEVALLARD ET GÉRALDINE VIAL