Le Parisien du 14/04/05

Jacques GOUNON – « JE PROMETS DE LA TRANSPARENCE »

Avant la prochaine assemblée générale prévue pour le 17 juin, qui promet d’être explosive, le nouveau PDG d’Eurotunnel livre les grandes lignes de sa stratégie pour sortir la société du gouffre.

Q : Qu’avez-vous fait depuis votre accession, en février, à la présidence d’Eurotunnel ?

R : J’ai immédiatement cherché à redonner de la crédibilité à Eurotunnel, en rencontrant toutes les parties concernées, y compris les créanciers. Cela a permis entre autres le déblocage du « waiver » (ndlr : demande d’autorisation de réouverture des négociations sur la dette). En ce qui concerne la restructuration de la dette, les résultats 2004 que le CA examinera le 25 avril seront extrêmement importants et conditionneront les futures négociations.

Q : Quel jugement portez-vous sur vos prédécesseurs ?

R : Ce n’est pas désobligeant de dire que l’équipe de l’après 7 avril avait sous-estimé l’importance du travail à réaliser du fait de la gravité de la situation laissée par leurs propres prédécesseurs. Hervé Huas ne dira pas le contraire, lui qui vient de présenter sa démission de son poste conseiller, tout en restant administrateur.

« LES CREANCIERS DEVRONT FAIRE DES EFFORTS »

Q : Quelle est votre stratégie industrielle ?

R : Tout d’abord, continuer à améliorer les performances de l’entreprise, ce que fait Jean-Louis Raymond avec le plan Dare. Mais il faut aussi qu’Eurotunnel soit reconnu comme un acteur ferroviaire européen majeur. J’ai évoqué hier ce sujet avec François Goulard, le Secrétaire d’Etat aux Transports. Avec une nouvelle ligne à grande vitesse qui passerait par Amiens, Paris serait à deux heures de Londres, et le trafic pourrait augmenter de 40 %, une vraie révolution. Eurotunnel souhaite également développer le fret ferroviaire et le transport combiné.

Q : Comment renégocierez-vous la dette de 9 milliards d’Euros ?

R : Le Conseil étudie les différentes possibilités dans le souci d’une meilleure défense des actionnaires. Il est certain que les créanciers devront faire des efforts, et nous n’excluons pas une titrisation partielle et raisonnable des recettes des opérateurs ferroviaires, mais cela nécessite leur accord. Je suis, par ailleurs, favorable à une révision constructive du contrat qui nous lie à la SNCF, dans une logique gagnant-gagnant.

Q : Comprenez-vous la colère de nombreux petits porteurs au vu du cours catastrophique ?

R : Les directions passées ont insuffisamment informé les actionnaires de la situation réelle de l’entreprise. La cessation de paiement en 2007 était inscrite dans les faits depuis des années. Il n’est pas surprenant que le cours de l’action soit aujourd’hui proche de son plus bas historique. Je promets de la transparence et de travailler exclusivement à la défense de intérêts des actionnaires. C’est en créant de nouvelles richesses que nous ferons remonter le titre. Les actionnaires ne doivent pas se déchirer. Il ne faut pas se tromper de cible.

Q : C’est mal parti, N.M., acteur clé du renversement de l’année dernière, vous critique violemment et promet une assemblée générale explosive.

R : je me demande quels sont les objectifs de ce monsieur. Quant à ses menaces, j’estime qu’on a suffisamment perdu de temps à Eurotunnel. Un nouveau renversement ferait le jeu des créanciers. Nous sommes repartis du bon pied, il ne faut pas déstabiliser l’entreprise. L’Assemblée Générale des actionnaires aura lieu le 17 juin à Coquelles (Pas-de-Calais). Je me suis aperçu lors de rencontres avec les actionnaires que beaucoup d’entre eux n’avaient jamais visité le tunnel. Et bien, nous leur ferons faire le tour du propriétaire avant l’AG , c’est la moindre des choses.