Jacques GOUNON « JE PROMETS DE LA TRANSPARENCE »
Avant la prochaine assemblée générale prévue pour le 17 juin, qui promet dêtre explosive, le nouveau PDG dEurotunnel livre les grandes lignes de sa stratégie pour sortir la société du gouffre.
Q : Quavez-vous fait depuis votre accession, en février, à la présidence dEurotunnel ?
R : Jai immédiatement cherché à redonner de la crédibilité à Eurotunnel, en rencontrant toutes les parties concernées, y compris les créanciers. Cela a permis entre autres le déblocage du « waiver » (ndlr : demande dautorisation de réouverture des négociations sur la dette). En ce qui concerne la restructuration de la dette, les résultats 2004 que le CA examinera le 25 avril seront extrêmement importants et conditionneront les futures négociations.
Q : Quel jugement portez-vous sur vos prédécesseurs ?
R : Ce nest pas désobligeant de dire que léquipe de laprès 7 avril avait sous-estimé limportance du travail à réaliser du fait de la gravité de la situation laissée par leurs propres prédécesseurs. Hervé Huas ne dira pas le contraire, lui qui vient de présenter sa démission de son poste conseiller, tout en restant administrateur.
« LES CREANCIERS DEVRONT FAIRE DES EFFORTS »
Q : Quelle est votre stratégie industrielle ?
R : Tout dabord, continuer à améliorer les performances de lentreprise, ce que fait Jean-Louis Raymond avec le plan Dare. Mais il faut aussi quEurotunnel soit reconnu comme un acteur ferroviaire européen majeur. Jai évoqué hier ce sujet avec François Goulard, le Secrétaire dEtat aux Transports. Avec une nouvelle ligne à grande vitesse qui passerait par Amiens, Paris serait à deux heures de Londres, et le trafic pourrait augmenter de 40 %, une vraie révolution. Eurotunnel souhaite également développer le fret ferroviaire et le transport combiné.
Q : Comment renégocierez-vous la dette de 9 milliards dEuros ?
R : Le Conseil étudie les différentes possibilités dans le souci dune meilleure défense des actionnaires. Il est certain que les créanciers devront faire des efforts, et nous nexcluons pas une titrisation partielle et raisonnable des recettes des opérateurs ferroviaires, mais cela nécessite leur accord. Je suis, par ailleurs, favorable à une révision constructive du contrat qui nous lie à la SNCF, dans une logique gagnant-gagnant.
Q : Comprenez-vous la colère de nombreux petits porteurs au vu du cours catastrophique ?
R : Les directions passées ont insuffisamment informé les actionnaires de la situation réelle de lentreprise. La cessation de paiement en 2007 était inscrite dans les faits depuis des années. Il nest pas surprenant que le cours de laction soit aujourdhui proche de son plus bas historique. Je promets de la transparence et de travailler exclusivement à la défense de intérêts des actionnaires. Cest en créant de nouvelles richesses que nous ferons remonter le titre. Les actionnaires ne doivent pas se déchirer. Il ne faut pas se tromper de cible.
Q : Cest mal parti, N.M., acteur clé du renversement de lannée dernière, vous critique violemment et promet une assemblée générale explosive.
R : je me
demande quels sont les objectifs de ce monsieur. Quant à ses menaces,
jestime quon a suffisamment perdu de temps à Eurotunnel.
Un nouveau renversement ferait le jeu des créanciers. Nous sommes repartis
du bon pied, il ne faut pas déstabiliser lentreprise. LAssemblée
Générale des actionnaires aura lieu le 17 juin à Coquelles
(Pas-de-Calais). Je me suis aperçu lors de rencontres avec les actionnaires
que beaucoup dentre eux navaient jamais visité le tunnel.
Et bien, nous leur ferons faire le tour du propriétaire avant lAG
, cest la moindre des choses.