LE MONDE | 31.03.05 | 14h27

Eurotunnel est enfin prêt à lancer la renégociation de sa dette

Une étape importante dans l'indispensable renégociation de la dette d'Eurotunnel ­ 9 milliards d'euros pour 1,3 milliard de fonds propres ­ a été franchie, mercredi 30 mars. Les administrateurs du concessionnaire du tunnel sous la Manche, divisés depuis des mois, ont enfin réussi à s'entendre sur les termes du "waiver". Ce document est une demande d'autorisation de réouverture des négociations sur la dette. Pour que ces dernières démarrent, il faut que les créanciers du groupe franco-britannique l'approuvent à une majorité qualifiée.


Dans un communiqué publié mercredi soir, Eurotunnel précise que ses administrateurs ont décidé "à l'unanimité" d'adresser le "waiver" aux créanciers. "En cas de réponse favorable, précise le communiqué, Eurotunnel entamera ces négociations avec la volonté de rechercher une formule financière qui assure la pérennité du groupe dans le respect des droits des actionnaires." Si sa dette n'est pas restructurée, Eurotunnel, qui doit bientôt faire face à d'importantes échéances de remboursement (Le Monde du 22 mars), risque la faillite en 2007.

Certains administrateurs du groupe refusaient, jusqu'à présent, le niveau jugé trop élevé des honoraires des conseils des créanciers (banquiers d'affaires, avocats) qu'Eurotunnel est censé prendre à sa charge. Suite à des contacts informels avec le comité ad hoc, représentant les intérêts des principaux créanciers du concessionnaire (le réassureur MBIA, la Banque européenne d'investissement et le fonds Franklin, détenteurs de près de la moitié des créances), la présidence d'Eurotunnel aurait obtenu, il y a quelques jours, un accord sur des montants d'honoraires bien moindres que ceux revendiqués initialement. C'est ce qu'affirme le communiqué de presse d'Eurotunnel, précisant que cet "accord" a reçu l'assentiment "d'une majorité des administrateurs".

"ACCORD SUR LES HONORAIRES"

Une affirmation en partie contestée, mercredi soir, par le comité ad hoc. Un porte-parole de ce dernier, cité par l'agence Reuters, assure que le comité "n'a pas encore conclu d'accord avec Eurotunnel. Il reste un certain nombre de questions en suspens". Est-ce à dire que les créanciers n'accepteront pas le "waiver" ? De source proche du conseil d'administration d'Eurotunnel, on dédramatisait la situation, jeudi au matin : "Il y a eu un accord sur les honoraires. Maintenant, le texte reste à finaliser. Les conseillers des créanciers sont sans doute déçus du niveau d'honoraires obtenu. Mais je crois surtout à une position tactique de la part des créanciers." Et de préciser : "Cette négociation sur le "waiver", c'est un modèle très réduit de celle qui va commencer sur la restructuration de la dette. Chacun cherche, dès aujourd'hui, à prendre position pour la suite des événements." "De toutes façons, les créanciers sont un peu coincés. S'ils ne veulent pas renégocier, ils risquent de perdre une partie de leurs créances en cas de dépôt de bilan, précise une autre source proche du dossier. Refuser les négociations pour quelques millions d'euros, cela n'a pas de sens."

Si les créanciers, qui ont trente jours pour donner leur réponse, acceptent le "waiver", les négociations commenceront, au plus tôt, en mai. Le groupe s'est donné huit mois pour les mener à bien. Un objectif très ambitieux : la précédente renégociation de la dette d'Eurotunnel, en 1998, avait duré dix-huit mois.

Cécile Ducourtieux