Eurotunnel
est enfin prêt à lancer la renégociation de sa dette
Une étape importante dans l'indispensable renégociation de la
dette d'Eurotunnel 9 milliards d'euros pour 1,3 milliard de fonds propres
a été franchie, mercredi 30 mars. Les administrateurs du
concessionnaire du tunnel sous la Manche, divisés depuis des mois, ont
enfin réussi à s'entendre sur les termes du "waiver".
Ce document est une demande d'autorisation de réouverture des négociations
sur la dette. Pour que ces dernières démarrent, il faut que les
créanciers du groupe franco-britannique l'approuvent à une majorité
qualifiée.
Dans un communiqué publié mercredi soir, Eurotunnel précise
que ses administrateurs ont décidé "à l'unanimité"
d'adresser le "waiver" aux créanciers. "En cas de réponse
favorable, précise le communiqué, Eurotunnel entamera ces négociations
avec la volonté de rechercher une formule financière qui assure
la pérennité du groupe dans le respect des droits des actionnaires."
Si sa dette n'est pas restructurée, Eurotunnel, qui doit bientôt
faire face à d'importantes échéances de remboursement (Le
Monde du 22 mars), risque la faillite en 2007.
Certains administrateurs du groupe refusaient, jusqu'à présent, le niveau jugé trop élevé des honoraires des conseils des créanciers (banquiers d'affaires, avocats) qu'Eurotunnel est censé prendre à sa charge. Suite à des contacts informels avec le comité ad hoc, représentant les intérêts des principaux créanciers du concessionnaire (le réassureur MBIA, la Banque européenne d'investissement et le fonds Franklin, détenteurs de près de la moitié des créances), la présidence d'Eurotunnel aurait obtenu, il y a quelques jours, un accord sur des montants d'honoraires bien moindres que ceux revendiqués initialement. C'est ce qu'affirme le communiqué de presse d'Eurotunnel, précisant que cet "accord" a reçu l'assentiment "d'une majorité des administrateurs".
"ACCORD
SUR LES HONORAIRES"
Une affirmation en partie contestée, mercredi soir, par le comité
ad hoc. Un porte-parole de ce dernier, cité par l'agence Reuters, assure
que le comité "n'a pas encore conclu d'accord avec Eurotunnel. Il
reste un certain nombre de questions en suspens". Est-ce à dire
que les créanciers n'accepteront pas le "waiver" ? De source
proche du conseil d'administration d'Eurotunnel, on dédramatisait la
situation, jeudi au matin : "Il y a eu un accord sur les honoraires. Maintenant,
le texte reste à finaliser. Les conseillers des créanciers sont
sans doute déçus du niveau d'honoraires obtenu. Mais je crois
surtout à une position tactique de la part des créanciers."
Et de préciser : "Cette négociation sur le "waiver",
c'est un modèle très réduit de celle qui va commencer sur
la restructuration de la dette. Chacun cherche, dès aujourd'hui, à
prendre position pour la suite des événements." "De
toutes façons, les créanciers sont un peu coincés. S'ils
ne veulent pas renégocier, ils risquent de perdre une partie de leurs
créances en cas de dépôt de bilan, précise une autre
source proche du dossier. Refuser les négociations pour quelques millions
d'euros, cela n'a pas de sens."
Si les créanciers, qui ont trente jours pour donner leur réponse, acceptent le "waiver", les négociations commenceront, au plus tôt, en mai. Le groupe s'est donné huit mois pour les mener à bien. Un objectif très ambitieux : la précédente renégociation de la dette d'Eurotunnel, en 1998, avait duré dix-huit mois.
Cécile
Ducourtieux