LE MONDE | 21.04.05 | 16h10

La dette d'Eurotunnel va être renégociée

LE GROUPE Eurotunnel va pouvoir s'atteler officiellement à la renégociation de sa dette, d'un montant de 9 milliards d'euros (pour 1,3 milliard d'euros de fonds propres). La direction du concessionnaire du tunnel sous la Manche a annoncé, mercredi 20 avril, que ses principaux créanciers venaient de répondre positivement à sa demande sur le sujet.


En vertu d'accords de crédits signés lors du précédent sauvetage du groupe franco-britannique (en 1997), Eurotunnel devait en effet obtenir une dérogation à la majorité qualifiée de ses créanciers pour les mettre à nouveau autour d'une table. Ces créanciers sont très nombreux (près de 200) et ont des profils fort divers : des réassureurs (MBIA), des banques, mais aussi de nombreux fonds spéculatifs.

Dans un communiqué, la direction d'Eurotunnel a précisé, mercredi, que 87,26 % des détenteurs de la dette "senior" (prioritaire lors des remboursements) avaient donné leur assentiment à la réouverture des négociations. Jacques Gounon, le président d'Eurotunnel, a salué "le sens des responsabilités des créanciers d'Eurotunnel qui ont rapidement et largement approuvé cette dérogation".

Cet accord est une bonne nouvelle pour Eurotunnel. La situation financière du concessionnaire est tendue : les flux de trésorerie d'exploitation suffisent à peine à couvrir les intérêts de la dette du groupe.

Cette situation pourrait devenir critique : Eurotunnel doit faire face à d'importantes échéances de remboursement en 2007. Si rien n'est fait d'ici là, le groupe risque la faillite au premier semestre 2007.

C'est aussi une victoire personnelle pour M. Gounon. Nommé président d'Eurotunnel en remplacement de Jacques Maillot (fondateur de Nouvelles Frontières) il y a trois mois, cet ex-dirigeant d'Alstom en France a réussi à remettre au pas un conseil d'administration très divisé (Le Monde du 22 mars) et à lui faire adopter le principe de la dérogation.


SAUVER DE LA FAILLITE

Le plus dur reste cependant à faire : sauver le groupe de la faillite, préserver ce qui peut encore l'être des intérêts des actionnaires ­ l'action Eurotunnel, autour des 50 centimes d'euro en avril 2004, se négocie aujourd'hui aux alentours de 20 centimes d'euro. Il s'agit surtout de faire admettre aux créanciers la nécessité d'un recalibrage de la dette à un montant supportable par l'entreprise. Ce niveau se situerait entre 4,5 milliards et 6 milliards d'euros.

La publication, lundi, d'un chiffre d'affaires en légère hausse au premier trimestre 2005 (+ 2 % à taux de change constant, à 190 millions d'euros, alors que le chiffre d'affaires 2004 était en recul de 4 %), arrive en tout cas à point nommé. Même si le surcroît d'activité est en partie dû aux perturbations du port de Calais, qui pénalisent les compagnies de ferries, concurrentes du groupe, il valide la relance commerciale engagée par Eurotunnel à l'automne 2004.

Cécile Ducourtieux
Article paru dans l'édition du 22.04.05