CR
interview Colette NEUVILLE sur BFM, chez Sylvie AUBERT, le 7 juin 2005 (CR
de C;Claire sur Boursica)
S.Aubert : et là vous reprenez un dossier chaud, si je puis m’exprimer ainsi
: EUROTUNNEL
Colette Neuville : oui, tout à fait. Je me suis toujours tenue à ‘écart
de ce dossier parce qu’il y avait déjà plusieurs associations qui s’en étaient
occupé et, puis, cette année, il y a beaucoup d’actionnaires, petits et gros,
qui m’ont demandé de m’y mettre parce que la situation est grave
S. Aubert : vous n’aviez pas assez de dossier peut-être ! il vous en fallait un autre et vous en avez choisi un petit !
Colette Neuville : C’est vrai qu’en ce moment, c’est un peu la course pour surfer d’une AG à l’autre. Ce matin, j’étais chez Bolloré, jeudi je serai chez Havas et le 17 chez Eurotunnel. Alors pourquoi s’intéresser maintenant jà Eurotunnel ? Et bien parce qu’il y a une échéance qui se profile quand même à l’horizon. On sait que, de toutes façons, en janvier 2007 et même avant, il faut qu’une solution ait été trouvée et que l’on a entendu des tas de scénarios dramatiques
S. Aubert : ah ;
ça c’est clair !
Colette Neuville : du genre les actionnaires pourraient déposer le bilan, de l’autre les créanciers pourraient exercer leur droit de substitution. Tout ça sur fond d’un discours qui pour moi ne me plait pas du tout : voyez, d’un côté, les petits actionnaires français qui seraient grugés par les méchants fonds américains … On voit bien où ça peut nous mener : à une espèce de reconstitution de la guerre de 100 ans. Donc je pense que ce n’est pas vers cette voie là qu’il faut se diriger. Il ne faut pas de diriger vers des situations conflictuelles et des procédures judiciaires à n’en plus finir. Il faut essayer de trouver une solution consensuelle
S. Aubert : ça ne va pas être facile
C. Neuville : Ecoutez, bien sûr que ce n’est pas facile, mais ça n’était pas facile non plus pour Bull l’année dernière. Et pour Bull, on a quand même fini par trouver un solution qui a été acceptée à la fois par l’Assemblée des créanciers et par l’Assemblée des actionnaires, et tout le monde s’en trouve très bien maintenant. Et il y a des voix qui commencent à s’élever maintenant pour dire que ça n’est pas impossible. Donc, je ne dis pas que c’est facile, je dis simplement que ça n’est pas impossible et que, pour y arriver, pour que les actionnaires fassent entendre leur voix dans ce dossier difficile, il ne faut pas QU’ILS S’AMUSENT A SE DIVISER, PARCE QUE SI L’ON EST DIVISE ENTRE ACTIONNAIRES, C’EST LE MEILLEUR MOYEN DE FAIRE LE JEU DES CREANCIERS. On a cette année un Président qui prend les choses en mains ; il a commencé à
S. Aubert : en tous cas il essaie de mobilier les actionnaires Voilà. Et puis, il a quand même déjà obtenu un waiver, c’est à dire une dérogation au principe de base qui était de ne pas négocier la dette. Maintenant les négociations sont enclenchées ; on commence à entendre des voix qui disent qu’ils y a des arrangements possibles. Et bien, je crois qu’il faut lui donner les moyen d’aller au bout de sa négociation et surtout ne pas se diviser à la prochaine Assemblée Générale. Donc, moi c’est à cet appel là que j’ai répondu et si je peux peser, avoir un poids dans cette entreprise, de réunion, et faire entendre la voix des actionnaires ..
S. Aubert : dans le sens de la concertation, Colette
C. Neuville : exactement. Là je crois qu’il faut que tous les actionnaires se mobilisent très très fort, pour qu’ensuite, dans la négociation, on puisse dire les actionnaires sont derrière et ils veulent faire jouer leurs intérêts
S. Aubert : l’autre dossier qui vous intéresse c’est AG c’est celle d’Havas.
C. Neuville : ce matin j’étais à celle de Bolloré. Il a même tenu à ce que je prenne la parole et je l’ai beaucoup remercié de m’avoir donné la parole, parce que j’ai tenu à dire que je n’appréciais pas du tout les arguments de bas étages qui comment à s’échanger et qu’il fallait en revenir aux vrai problème. Le vrai problème c’est : qui a le pouvoir de désigner les administrateurs ? Alors on a beaucoup entendu ces dernier que ce n’était pas au Président de désigner les administrateurs, c’est sûr. C’est aux actionnaires de désigner les administrateur. Dans ce discours, il faut bien voir qu’il y a deux manières de voir les choses : - soit on dit finalement, quand on achète des actons, on achète en même temps le droit d’être au CA dans la proportion des actions qu’on a achetées : ça c’est le système de la représentation proportionnelle. Mais à ce moment là, si on a acheté 20% des actions, on n’a jamais le droit d’avoir + de 20% des administrateurs - par contre, si on considère que finalement, l’organe souverain, et c’est la position du droit français, c’est l’Assemblée Générale se prononçant à la majorité, et bien avec 20% du capital, on peut avoir 0 administrateur ou tous les postes si on est majoritaire à l’AG. Ca, c’est le système majoritaire, c’est la souveraineté de l’AG, c’est du tout ou rien . Voilà. C’est évident qu’à l’Assemblée, on peut aussi décider, mais c’est les actionnaires qui le décident, et personne d’autre, de donner un siège à celui-là, un siège à un autre, etc. Mais je crois que tous ces jours-ci, on s’est un petit peu trompé de débat, et on a oublié que quand on achète un action, on n’achète pas un siège au Conseil d’Administration. Ce pouvoir là, c’est celui de l’Assemblée Générale, il ne faut pas lui retirer et il ne faut pas qu’il y ait d’automatisme entre les achats en bourse et les sièges. Sinon, un Conseil d’Administration, ça devient la juxtaposition de personnes qui représentent chacun leurs intérêts et ça n’est plus ce que ça doit être : un organe qui défend l’intérêt de tout, et de la Société, et pas l’intérêt de quelqu’un en particulier. Voilà. Donc, je tenais à rappeler cette règle qui est celle du droit français et qu’apparemment, on est en train de perdre de vue dans les débats depuis quelques jours.
S. Aubert : merci, Colette Neuville de l’Association de Défense des Actionnaires (ADAM)° qui a repris en plus de tous ces dossiers, le dossier Eurotunnel. On aura donc certainement l’occasion de se parler à nouveau sur ce sujet brûlant.