Deux ex-coprésidents d'Eurotunnel renvoyés en correctionnelle
Le dossier de l'augmentation de capital controversée lancée par Eurotunnel et ses banques, en juin 1994, vient de connaître un nouveau rebondissement judiciaire. La juge d'instruction Dominique de Talancé, chargée de l'affaire, a rendu, vendredi 14 mars, une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris. Les deux anciens coprésidents d'Eurotunnel, André Bénard et Alastair Morton, sont renvoyés pour diffusion d'"informations trompeuses et mensongères" concernant la situation et les perspectives du groupe.
"Les actionnaires ont été informés de la façon la
plus rigoureuse, la plus stricte et la plus transparente possible,
a affirmé, en réaction, M. Bénard. Cela ne me paraît
pas motivé."
De son côté, Eurotunnel rappelle que le prospectus de
l'augmentation de capital était assorti d'un avertissement de la
Commission des opérations de Bourse (COB) sur les risques de
l'opération. Les prévisions financières livrées au public
avaient été validées par des consultants et des commissaires
aux comptes.
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D'autre part, deux auteurs présumés de délits d'initiés, David Wennman et James Lyle, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel. Ils auraient permis à leurs établissements de réaliser de confortables profits en vendant, à découvert, l'action Eurotunnel (qui cotait entre 40 et 45 francs en avril 1994), tout en sachant qu'ils pourraient racheter des titres à 22,5 francs en juin, lors de l'augmentation de capital pour rembourser les prêteurs de titres. M. Wennman, alors directeur du service Equities Trading de Swiss Bank Corporation (SBC), fusionné depuis avec l'Union des banques suisses (UBS) et M. Lyle, directeur général du hedge fund (fonds spéculatif) Tiger Management, devront donc répondre d'"opérations de ventes massives à découvert de titres Eurotunnel", réalisées en mai 1994, "avant que le public ait eu connaissance" des conditions de l'augmentation de capital. SBC faisait partie des banques dirigeant l'augmentation de capital et Tiger Management en était devenu, le 15 mai, "sous-garant" après divers contacts avec le syndicat bancaire et la direction financière. Du 11 février au 24 mai 1994, les opérations de vente à découvert lancées par Tiger Management sur 15 millions d'actions lui ont rapporté 289,87 millions de francs (44,19 millions d'euros). De son côté, SBC a vendu 6 millions de titres à découvert et acheté 2 250 options de ventes, représentant une position vendeuse sur 1,125 million de titres supplémentaires pour un gain total non chiffré.
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L'ordonnance de renvoi réajuste cependant considérablement le champ initial de l'accusation. Les poursuites visant les dirigeants pour "présentation de comptes inexacts" et "abus de biens sociaux" ont été abandonnées et le chef de "délits d'initiés" ne tient plus que pour deux des cinq personnes d'abord soupçonnées.
VICTOIRE POUR LES MINORITAIRES
Ces développements judiciaires constituent néanmoins une victoire pour les actionnaires minoritaires, à l'origine de la plainte : Christian Cambier, ex-président de l'Association pour l'action Eurotunnel et ancien administrateur de l'entreprise, et l'Association de défense des actionnaires d'Eurotunnel (Adacte).
Par ailleurs, M. Cambier prépare activement l'assemblée générale d'Eurotunnel du mois de mai, qui doit examiner une série de résolutions qu'il a déposées. Il souhaite être élu à nouveau comme administrateur et soutient également la candidature de David Azéma, directeur général des concessions de Vinci et ancien président d'Eurostar, et Stéphane Caine, directeur des marchés industriels de Vivendi Environnement. M. Cambier propose aussi de réduire les jetons de présence des administrateurs, de fusionner les sociétés anglaises et françaises qui exploitent Eurotunnel, de changer de nom et de rechercher un partenaire industriel. Des propositions qui suscitent visiblement le scepticisme au siège du groupe.
Adrien de Tricornot
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.03.03