
A.
D.
A. C. T. E
Association de Défense des Actionnaires d’Eurotunnel
Chelles, le 7 Novembre
2007
Mme Christine
LAGARDE
Ministre de l’Economie, des Finances
et de l’Emploi
139, rue de Bercy
75572 Paris
Madame,
Votre réponse du 9 octobre
2007 m’est bien parvenue. Je vous
en remercie.
Nous attendons davantage
des promesses faites par le président Sarkozy alors qu’il était candidat à
l’élection présidentielle et comptons que son Gouvernement saura réparer les
"erreurs" de ses prédécesseurs dans l’affaire EUROTUNNEL.
A juste titre, vous
rappelez la clause du traité de
Canterbury qui stipule, que les sociétés concessionnaires ont l’entière
responsabilité financière de la construction et de l’exploitation du Tunnel sous
la Manche ; à ce titre - dites-vous - l’Etat ne saurait s’immiscer dans les
décisions prises par le management … Toutefois, Madame la Ministre, Canterbury stipule aussi (article
12) :
" Les deux Gouvernements garantissent aux
concessionnaires, dans le cadre des droits nationaux et communautaires, la
liberté de fixer leur politique commerciale, leurs tarifs et la consistance des
services offerts pendant la durée de la concession
"
Or, avant même que la
société EUROTUNNEL n’ait été constituée, les Gouvernements ont imposé à la hâte
la signature d’accords avec les opérateurs ferroviaires qui ont permis à la
SNCF, sur la bases de perspectives totalement fantaisistes et irréalistes, de
s’approprier 50 % de la capacité du
tunnel à des conditions particulièrement avantageuses pour elle.
De même, contrat de
construction mal ficelé, contrat de prêt inique et exigences des gouvernements d’époque –
tout particulièrement en matière de normes de sécurité - ont été à l’origine de
dépassements de coûts et de délais,
cause d’un surendettement qui a, avant même la mise en service du lien
fixe, placé la société EUROTUNNEL en situation de faillite, sans que jamais
les petits porteurs n’aient pu
avoir connaissance du fiasco qui se préparait.
Ces "accords"
pèsent depuis lors sur la rentabilité de la société et
sont la cause d’une grave
perte de valeur et d’un manque à
gagner que l’on fait supporter à
l’actionnaire seul depuis l’origine.
Le Lien Fixe a été voulu
par les Etats … ils en garantissaient la viabilité et la fiabilité ; les
déclarations en ce sens sont foison. Je les tiens, Madame la Ministre, à votre
disposition.
De fait, les épargnants
pensaient participer à un projet grandiose dont les Etats garantiraient la mise
en œuvre rigoureuse et le respect des devis mais ces derniers les ont été
trompés en n’assumant pas leur devoir de contrôle et de surveillance et en
s’immisçant dans la gestion de l’entreprise.
Aujourd’hui même,
l’actionnaire EUROTUNNEL subit le
contrecoup de charges indues imposées par les Etats : EUROTUNNEL est en
effet la seule infrastructure à supporter depuis son origine les charges de
fonctionnement de la CIG et du
Comité de Sécurité (5 Millions € /an).
De plus, alors que les
Etats viennent d’être condamnés par le Tribunal arbitral dans l’affaire des
"sans papiers de Sangatte" (préjudice estimé à 55 Millions €) les actionnaires vont
devoir "remettre la main à la poche" s’ils veulent éviter une nouvelle
dilution : la première tranche des ORA I (93 Millions €) prévue au plan de
sauvegarde sera convertie à la fin de l’été si ces titres ne sont pas rachetés.
Il paraîtrait juste
par conséquent que les Etats restituent ces montants à GET SA ce qui nous
permettrait, (Etats, actionnaires, société réunis) de tenir - et de s’y préparer
- jusqu’à la prochaine étape T + 25.
Pourquoi la Caisse des
Dépôts et Consignations qui affiche son intérêt pour les infrastructures
reste-t-elle à l’écart d’EUROTUNNEL, infrastructure stratégique majeure s’il en
est ?
Pourquoi sommes-nous
contraints de faire appel a des fonds étrangers pour refinancer, à taux
élevés, une dette que les grandes banques nationales (CL, BNP, SUEZ) ont
elles-mêmes générée.
Pourquoi l’Etat français
qui prétend développer l’actionnariat populaire et les partenariats public/privé
refuse-t-il d’assumer ses responsabilités et de rouvrir le
dossier EUROTUNNEL ?
Pourquoi l’Etat
subventionne-t-il le stade de France (80 Millions €) alors qu’il reste aveugle
et sourd au sort des actionnaires d’EUROTUNNEL ?
Quelle est la logique à
cela ?
Madame, je vous transmets
quelques déclarations / extraits de messages de présidents successifs (du
premier au dernier) qui dénoncent clairement la responsabilité des Etats
:
André BENARD :
«
(...) Le coût de l’ouvrage avait considérablement augmenté, les prévisions de
trafic de la SNCF établies en 1986 et sur la base desquelles reposait
l’équilibre du contrat ont été corrigées à la baisse par la SNCF en 1993 dans
des proportions considérables. Il est clair que l’équilibre sur lequel avait
été basé le contrat initial était complètement
détruit ».
P.
PONSOLLE et A. MORTON (rapport d’activité EUROTUNNEL 1995 – première année
d’exploitation) :
«
Nous vous ferons également le point sur les efforts que nous déployons auprès
des Gouvernements français et britannique pour que ceux-ci participent de
manière appropriée au redressement d’une entreprise concessionnaire de service
public, vis-à-vis de laquelle, à nos yeux, ils n’ont pas tenu leurs engagements
implicites ou explicites.
Jacques
GOUNON, actuel Président,
(Les
coulisses de l’Economie,
interview du 20 avril 2007) :
« Le
vrai problème c’est que les travaux et les mesures de sécurité imposées à
l’époque par les Etats ont été disproportionnées par rapport à ce que l’on
constate aujourd’hui. Par conséquent, l’entreprise a trop
emprunté ».
De même aujourd’hui, il est possible de lire
en introduction du plan de sauvegarde :
« La
cause principale des difficultés rencontrées par les sociétés du groupe
EUROTUNNEL réside dans l’endettement trop important qu’elles doivent supporter,
endettement totalement disproportionné par rapport aux ressources générées par
l’exploitation du tunnel sous la MANCHE. Cette disproportion s’explique
notamment par la dérive très importante des coûts du chantier du tunnel sous la
MANCHE due pour l’essentiel à des obstacles techniques imprévus ainsi qu’à
une augmentation par rapport aux normes d’origine des normes de sécurité qui ont
été significativement renforcées par les concédants et à des retards de
livraison constatés pour l’ouvrage et à certains équipements nécessaires à
l’exploitation. Cette dérive et ces retards ont abouti à une augmentation
substantielle du budget nécessaire pour l’achèvement de
l’ouvrage (…).
Par
ailleurs, les simulations prises en considération lors du lancement du projet en
1986 puis lors de la restructuration opérée en 1998 se sont révélées par trop
optimistes en particulier pour ce qui concerne les prévisions de trafic des
chemins de fer, rendant illusoires les perspectives d’apurement de la dette dans
les délais prévus ».
Madame la Ministre,
Canterbury fait état du financement
du lien fixe dans le cadre d’un « financement de
projet » ; à ce titre, les Etats devaient s’assurer de la
fiabilité des devis avant sa mise en œuvre et, sous aucun prétexte
n’auraient dû les alourdir. Nous
savons quelles furent pourtant leurs exigences … les conséquences étaient
inéluctables.
Madame la Ministre,
EUROTUNNEL et son actionnariat populaire méritent votre attention et celle
du Gouvernement ; l’ADACTE, au nom des milliers
d’Historiques vous demande votre aide : Canterbury n’interdit pas de
réfléchir à des solutions et de
faire des propositions. J’espère
vous convaincre en ce sens et d’y
travailler avec nous.
Avec mes respectueuses
salutations,
Mme Barralis Montserrat, Actionnaire Historique du Tunnel sous
la Manche
Vice-présidente de
l’Association de Défense des Actionnaires d’Eurotunnel
(ADACTE)
Copie : M. le
président Nicolas
SARKOZY