Eurotunnel se sépare de plus du quart de ses salariés avec un plan de départs volontaires

 

EurotunneL a annoncé, jeudi 20 octobre, avoir enregistré 900 départs volontaires dans le cadre de son plan de "sauvegarde de l'emploi" . Un chiffre considérable ­ entre un quart et un tiers de l'effectif salarié ­, qui ramène le nombre de collaborateurs du concessionnaire du tunnel sous la Manche à 2 300.

Ces départs se répartissent "approximativement à parts égales" entre la France et la Grande-Bretagne (le groupe binational est implanté à Calais et à Folkestone, au Royaume-Uni), et auront lieu d'ici au mois de juin 2006, selon un communiqué d'Eurotunnel. De source syndicale, 428 salariés ont décidé de quitter le groupe en France et près de 500 (dont une centaine sont déjà partis) au Royaume-Uni.

"Cette réorganisation traduit la mutation majeure du modèle économique de l'entreprise dans le sens d'un ajustement plus précis de l'offre de transport d'Eurotunnel aux fluctuations de la demande", précise la direction du groupe.

Les syndicats sont plutôt satisfaits des conditions financières réservées aux candidats au départ. Ces derniers seront dotés d'une prime de 28 000 euros à laquelle il faut ajouter des indemnités liées à leur ancienneté (5 % de leur salaire annuel par année d'ancienneté jusqu'à cinq ans de présence dans l'entreprise et 75 % du salaire mensuel par année au-delà).

Ces conditions de départ relativement généreuses se justifient pleinement, selon les syndicats : le bassin d'emploi de Calais et, dans une moindre mesure, celui de Folkestone sont sinistrés, et il faut laisser aux partants de quoi tenir suffisamment pour retrouver du travail. Ces conditions expliquent en tout cas le véritable engouement qu'a suscité le plan social : quand les négociations ont officiellement commencé entre la direction et les représentants du personnel, en juin, le nombre de départs volontaires initialement prévu était d'environ 750. Mais les candidatures ont été si nombreuses que la direction de l'entreprise a été obligée de retenir des salariés (70 en France).

L'énorme réduction d'effectifs ne compromet "aucunement les fondamentaux de sécurité et de qualité de service" , assure la direction d'Eurotunnel. Le groupe, qui, il y a quelques mois, avait l'intention de réduire le recours à de la sous-traitance, pourrait revenir sur cette décision. "Nous sommes effarés par l'ampleur du plan . Il y a des départs dans tous les services, notamment sur les systèmes ferroviaires et au niveau du personnel d'encadrement. Les gens sont aussi partis parce qu'ils n'avaient pas confiance dans l'avenir de l'entreprise et dans ses dirigeants", s'inquiète Michel Yard, délégué CFE-CGC d'Eurotunnel. Les syndicats sont cependant conscients des difficultés financières du concessionnaire. Son chiffre d'affaires s'est érodé en 2004 (­ 4 % par rapport à 2003, à 789 millions d'euros), en raison de l'intense concurrence que lui livrent les compagnies de ferries transmanche.

En 2005, les chiffres s'améliorent cependant un peu, avec un chiffre d'affaires pour le troisième trimestre en hausse de 1 % par rapport à la même période en 2004.

Eurotunnel a par ailleurs commencé, au printemps, à restructurer son énorme dette (environ 9 milliards d'euros). Jacques Gounon, PDG du groupe, s'est engagé, il y a quelques semaines, à faire un point d'étape d'ici à la fin du mois d'octobre sur l'état des négociations avec les créanciers. Rien n'en a encore filtré mais les observateurs redoutent d'âpres discussions, étant donné le grand nombre de créanciers du groupe, dont les intérêts sont parfois divergents.

Article paru dans l'édition du 22.10.05